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7 février, 2009

Les enfants au camp de Ravensbrück.

Classé sous CONCOURS — vivelaresistance. @ 3:26

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Le monument de Ravensbrück (sculpture  réalisée par Thérèse Chotteau).

 

 

Au camp de Ravensbrück

Les nouveaux-nés

D’après les témoignages les plus anciens, il y eut des femmes enceintes dès le début de la constitution du camp. Aucun adoucissement de régime ne fut prévu pour elles. Elles travaillaient et faisaient l’appel jusqu’au dernier jour. Lorsqu’elles étaient à terme, elles accouchaient à l’hôpital de Tremplin, puis revenaient  au camp. Cette situation dura pendant la période où le but du camp était la soi-disant rééducation.
Elle n’intéresse pas encore les Françaises.
En 1942, la conception du camp changea. Le but de la rééducation fut remplacé par celui du rendement du travail. Un médecin, le docteur Rosenthal, est alors nommé au camp ; il fait avorter les femmes enceintes de moins de huit mois (plus particulièrement les Allemandes enceintes de prisonniers étrangers). Le fœtus est brûlé directement dans la chaudière, parfois vivant…
En 1943, le docteur Treite succède au docteur Rosenthal. Il semble avoir abandonné les avortements et laissé la grossesse se dérouler jusqu’à son terme. Lors de l’accouchement, les femmes admises au Revier sont assistées par une sage-femme autrichienne prisonnière. L’enfant est étranglé ou noyé devant sa mère. Cette sage-femme assistait à leur agonie, parfois fort longue, étant donné la résistance très grande du nouveau-né à l’asphyxie par l’eau (vingt à trente minutes parfois, a-t-elle témoigne).
A la fin de la même année, une nouvelle décision permit de laisser les nouveau-nés en vie, mais rien n’était prévu pour les accueillir. Les mères étaient censées les nourrir au sein, alors qu’elles n’avaient généralement pas de lait, ou un lait trop pauvre pour nourrir un bébé plus de quelques jours. C’est seulement en septembre 1944 que fut créée une chambre spéciale pour les enfants. Plus d’une centaine de nouveau-nés, venus au monde avant cette date, moururent donc de faim. La kinderzimmer (chambre d’enfants) fut installée dans une très petite pièce d’un Block de malades. Jusqu’à dix nouveau-nés étaient couchés en travers de chaque lit. La pièce logea jusqu’à près de cinquante bébés. Un peu de lait en poudre mélangé à une sorte de gruau était distribué chaque jour. Deux flacons servaient de biberons. Les enfants naissaient généralement assez beaux, puis prenaient rapidement l’aspect de petits vieux. Tous mouraient avant trois mois, de faim, de diarrhée, de pneumonie, etc., en dépit de la solidarité des déportées et de l’abnégation des détenues affectées au Revier.
Dans le courant du mois de mars 1945, un groupe de 250 femmes enceintes et quelques nourrissons sont encore gazés.
Près de 800 enfants sont nés à Ravensbrück. Presque tous sont morts. Seuls ont survécu trois petits Français et quelques bébés d’autres nationalités.

Les enfants

A Ravensbrück, leur sort est inhumain.
Les enfants avaient au camp le même régime que les adultes. Aucun adoucissement ne leur était accordé. A leur arrivée, ils étaient généralement dépouillés, rasés et fouillés comme les adultes, et recevaient, selon les époques, un uniforme rayé ou une défroque peinte d’une croix devant et derrière. Nous les voyions traîner dans des loques trop grandes et lamentables, qui d’ailleurs n’étaient jamais changées. Les enfants étaient présents aux appels. Le matin, ils se levaient aux hurlements de la sirène, à 3 h 30 ou 4 heures selon les périodes. Ils recevaient une tasse du breuvage appelé café et sortaient, dans le froid, qui atteignait moins 33°c, sous la neige, la pluie et le vent glacial de la Baltique. Il fallait rester immobile, debout pendant une heure, deux, et parfois davantage. Les vêtements restaient mouillés pendant plusieurs jours. A la fin de l’appel, ils retournaient à leur Block, les plus grands poussant les plus petits. Certains essayaient alors de retrouver dans des jeux leur monde rêvé d’autrefois. La plupart ne jouaient pas, mais adoptaient les activités des adultes : épouillage, discussions sur la nourriture. Enfin, la majeure partie du temps de beaucoup d’entre eux se passait sur la paillasse. Ils étaient trop affaiblis pour se livrer à la moindre activité. Seule la solidarité qui régnait entre les prisonnières permit d’entourer un peu ces enfants.

Les archives du camp ayant été détruites, il est impossible de préciser le nombre des enfants, estimé par les survivantes entre 1000 et 2000.

La stérilisation des fillettes tziganes

Un degré supplémentaire dans l’horreur a été accompli par les nazis avec les expériences de stérilisation de petites filles tziganes. Le but était de découvrir les méthodes les plus rapides et les plus efficaces pour stériliser des millions d’êtres humains appartenant aux races « inférieures ».
120 ou 140 petites Tziganes furent opérées du 4 au 7 janvier 1945. Les plus jeunes n’avaient que huit ans. Un spécialiste de ces expériences, le professeur Schumann, qui avait déjà souvent opéré à Auschwitz, vint sur place. Toute une équipe médicale y participa : le docteur Treite, son adjoint, le médecin qui dirigeait le service sanitaire des SS et des infirmières. Une femme médecin tchèque déportée, radiologue,  dut installer l’appareil radiologique en position horizontale. Elle-même et deux collègues virent ensuite entrer une à une les petites filles. On entendait les pleurs et les cris des enfants et on les  voyait transporter, sanglantes, dans une autre pièce de l’infirmerie, où on les posait sur le plancher.
On sait qu’à Auschwitz le professeur Schumann procédait par irradiation des ovaires par les rayons X ; il provoquait des brûlures importantes des tissus environnants, déterminant la mort d’un certain nombre des opérées.
A Ravensbrück, il semble avoir procédé autrement. Les trois prisonnières radiologues furent obligées de développer les films radiologiques pris pendant les opérations. Elles les montrèrent en cachette à plusieurs collègues tchèques. On voyait un liquide opaque dans l’utérus et les trompes. Un liquide stérilisant était donc introduit dans l’utérus et jusque dans les trompes.
Si une partie des enfants supportèrent l’opération, d’autres moururent des suites. Conformément aux habitudes des médecins nazis expérimentateurs, et du docteur Schumann en particulier, les  organes génitaux de plusieurs victimes furent prélevés pour examen. C’est ainsi qu’au Block 9 fut hospitalisée une petite fille de douze ans, avec une énorme plaie ouverte au ventre, qui ne cessa de suppurer terriblement. Les médecins et infirmières prisonnières du Revier estimaient que cette plaie correspondait à une hystérectomie. Mais pourquoi la plaie n’avait-elle pas été recousue ? L’ouverture n’avait-elle pas été pratiquée uniquement pour permettre aux expérimentateurs SS d’observer directement les organes irradiés laissés sur place, et leur destruction ? Quel qu’ait été le but, la petite fille mit plusieurs jours à mourir dans d’atroces souffrances.
A la libération du camp, toutes ces malheureuses fillettes avaient disparu, vraisemblablement gazées.

Sources : Marcel Ruby « Le livre de la Déportation » ; Germaine Tillion « Ravensbrück ».

 

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