Vive la Résistance.

11 février, 2009

Témoignage de Françoise Comte, résistante, déportée.

Classé sous Dossier Special Concours — vivelaresistance. @ 3:38

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Françoise Comte, venue témoigner au collège Louise Michel, le 11 mars 2008.

 

« Lorsqu’on n’était ni juif, ni tzigane, ni polonais, ni…
mais seulement une enfant française, de 16 ans et demi, ayant obtenu son bac, ayant fait du sport d’équipe (hand-ball) et de l’athlétisme (championne de Normandie du 300m) sachant jardiner, bêcher, faucher à la faux, traire les vaches, élever lapins et poules, sachant coudre, tricoter, participer aux tâches ménagères…
ayant beaucoup lu (entre autre « Mein Kampf » , les livres de Pearl Buck sur le début de la révolution communiste en Chine , sur les cas de conscience des Alsaciens entre 1870 et 1918, etc.).

Lorsqu’on est une adolescente française ayant partagé la résistance de son père et de sa famille au régime nazi, qu’on est arrêtée, enfermée pendant presque un an dans les prisons allemandes, dans une promiscuité multiple et pas très bien comprise parce que ne connaissant pas le milieu de la prostitution ( à un moment donné dans ma cellule nous étions 13 dont 12 filles de trottoir ou de bordel de Rouen)
Lorsqu’on n’a pas parlé sous les coups de schlague pendant les interrogatoires (c’est à dire qu’on a fait son devoir).
Lorsqu’on n’a jamais entendu parler de politique, ni des communistes, et qu’on vous fait vivre le mépris de ceux-ci parce que vous avez été scolarisée, vous déniant toute sorte de capacité (la lutte des classes à l’envers ? ).
Lorsqu’on n’a pas connu ce qu’est un rapport amoureux et sexuel (car nous étions nombreux dans ce cas, à 16 ans en 1943).
Alors, lorsqu’on vous jette en prison et plus tard en camp de concentration vous n’avez pas d’adolescence, vous passez directement dans le monde des adultes.

Dans les camps vous travaillez comme les adultes, vous ne mangez pas plus qu’eux, vous ne pouvez pas plus vous laver, vous subissez les mêmes appels, vous avez autant qu’eux peur des coups de gummi, vous n’avez pas plus de place dans les châlits à partager, vous avez autant que les adultes peur des bombardements…
Votre jeunesse vous fait peut être esquiver un peu les coups, vous permet peut-être de mieux pouvoir vous cacher, vous « organiser » peut-être un peu plus efficacement…

Si vous avez la chance de vous en sortir, de ces camps, votre corps se
souvient toujours des coups, des carences, des appels, du froid, de la faim de la peur…
Si vous avez la chance de revenir vous vous souvenez des adultes autour de vous, protecteurs certainement, mais ayant leurs conversations d’adultes, chacune ayant pour référence son milieu social, son passé et ses rêves d’avenir…
Nos rêves d’avenir ? Vivre, sortir de là, avec une sorte de fureur, ce qu’on doit appeler l’instinct de survie.
La déportation, c’est une deuxième peau, invisible, douloureuse, qu’il a fallu maîtriser pour faire face au vide de la famille disparue dans la tourmente, de la maison pillée par l’occupant et les voisins…pour faire face à l’incompréhension de ceux qui étaient restés en France et se justifiaient des misères subies pendant l’occupation.
La déportation, c’est mon adolescence confisquée, c’est peut-être aussi la chance de ma vie (puisque j’en suis revenue), c’est une partie de ce je suis aujourd’hui, c’est ce qui fait certainement que je ressens douloureusement la vision des images des conflits qui existent à travers le monde aujourd’hui ».

Françoise Comte

 

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