Vive la Résistance.

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30 janvier, 2010

Témoignage de Geoffroy Chodron de Courcel, premier « compagnon » du général de Gaulle.

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Londres, 20 juin 1940. Le général de Gaulle et son officier d’ordonnance le lieutenant Geoffroy Chodron de Courcel devant Saint Stephen’s House.

 

Mon témoignage sur le 18 juin 1940…
Si je m’en tiens aux faits, le récit en est très court, bien qu’ils aient eu pour moi une signification très profonde.
Le général de Gaulle était arrivé à Londres vers midi, le 17 juin, je l’accompagnais, le général Spears également.
A peine débarqués le général de Gaulle souhaita voir Churchill. Le général Spears le conduisit à Downing Street où « le Premier ministre mit la BBC à sa disposition ».
La journée du 18 m’apparut comme une journée d’attente qui contrastait singulièrement avec les douze jours intenses vécus auprès de lui depuis qu’il avait été nommé le 6 juin sous-secrétaire d’Etat à la guerre dans le Cabinet Reynaud.
Il se concentra pour la plus grande partie de la journée sur la préparation de son appel dans le petit appartement que nous occupions depuis la veille à Seamore Place. Je l’accompagnais à un déjeuner qu’il eu avec M. Duff Cooper, ministre chargé de l’information dans le gouvernement Churchill ; le général Spears y participait aussi. C’est le seul contact que le général de Gaulle eut avec un membre du gouvernement britannique et sans doute il exposa le thème général de son discours à M. Duff Cooper ; celui-ci avait les instructions de Churchill de l’autoriser à parler, contraires à l’opinion de son gouvernement, ce que de Gaulle n’apprit qu’après coup.
Plusieurs fois dans l’après-midi il interrompit son travail pour s’entretenir avec moi, se faisant traduire les journaux et commentant les nouvelles. Il fumait sans arrêt…Déjà, il exposait sa vision de l’avenir avec cette maîtrise qui devait me devenir peu à peu familière.
De Gaulle me demanda de trouver une secrétaire. Je connaissais Elisabeth de Miribel et lui téléphonais ; elle servait dans une mission comme documentaliste et ne tapait que d’un doigt. Je lui dictai la rédaction du général qui était très raturée, comme j’en faisais pour la première fois l’expérience.
Après l’attente, ce fut l’événement décisif. Le soir à six heures, le général de Gaulle lançait sur les ondes de la BBC son premier appel. Assis dans un salon contigu au studio où il parlait, je l’écoutais, la gorge serrée, en compagnie du général Spears et du directeur de la BBC.
En sortant du building de la BBC, qu’il quitta assez vite, étant assez ému, il m’emmena dîner en face, au Langham Hôtel, dont la sale à manger était encore vide. Il devait être aux environs de 19 heures. Durant le dîner, il déclara que l’intervention des Etats-Unis et de l’URSS était, à ses yeux, inéluctable. Je fus frappé par sa déclaration en ce qui concernait l’URSS. Nous rentrâmes à Seamore Place. La première page de l’histoire de la France Libre venait d’être écrite.
Le lendemain matin, des volontaires se présentaient. Je ne prétends pas tous les citer. Je me souviens que le premier était chauffeur, conduisant une Hispano-Suiza chez un industriel anglais ; quelques autres également modestes, demandaient comme lui à s’engager, je prenais leurs noms et leurs adresses pour pouvoir les convoquer dès que nous aurions un centre de recrutement, qui devait être ouvert quelques jours après l’Olympia.
Parmi les notables, peu nombreux, je me souviens de Denis Saurat, directeur de l’Institut français, et de Bellanger, directeur chez Cartier, qui se mit avec sa voiture personnelle à la disposition du général et devait nous conduire à travers Londres pendant plusieurs jours. Je revois encore Pierre Bourdan, journaliste chez Havas qui vint aussi ce matin-là. Des militaires arrivés de France demandaient à reprendre aussitôt du service : le premier d’entre eux fut Claude de Boislambert, qui commandait un détachement de liaison dans une division britannique et qui avait fait la liaison sur la Somme avec la division de Gaulle.
Deux aspirants, également officiers de liaison auprès de l’armée britannique,se présentaient en fin de matinée. Je devais justement accompagner le général de Gaulle pour déjeuner chez le général Lelong, attaché militaire, et je confiais à ces deux nouveaux arrivés le soin de garder la porte et de prendre les noms de ceux qui arriveraient en notre absence.
A mon retour, le plus ancien des deux me prit à part et me dit : « Je ne sais pas si vous avez eu raison de me confier cette mission sans connaître mon identité. Je suis Georges Boris et j’ai été un des plus proches collaborateurs de Léon Blum. Ma présence ici pourrait effrayer certains de vos volontaires. » Je ris de cette coïncidence et ce fut le début d’une amitié à laquelle j’ai attaché jusqu’à sa mort beaucoup de prix.
Ainsi apparaissait l’image de la France Libre : le conducteur d’Hispano-Suiza, Denis Saurat, Bellanger, Pierre Bourdan, Boislambert, Georges Boris, des hommes de toutes les origines, mais qui étaient unis par la même résolution : celle de ne pas s’incliner devant la défaite.

Geoffroy Chodron de Courcel

 

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21 janvier, 2010

Le texte de l’Appel du 18 juin 1940 du Général de Gaulle.

Classé sous Allocution,CONCOURS,Dossier Special Concours,General de Gaulle — vivelaresistance. @ 15:44

Le texte de l’Appel du 18 juin 1940

 

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Discours du Général de Gaulle prononcé à la radio de Londres le 18 juin 1940. Cet appel n’a pas été enregistré.

 

« Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des Etats-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un
jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres. »

Charles de Gaulle

 

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