Vive la Résistance.

25 octobre, 2007

François Jacob, nouveau chancelier de l’Ordre de la Libération.

Classé sous ACTUALITE,LITERATURE — vivelaresistance. @ 4:48

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Camion Bedford de la 1ère Compagnie de Découverte et de Combat.

 

Ce premier extrait nous fait partager l’univers et les sentiments des soldats de Leclerc dans les sables

« Des kilomètres. Des centaines, des milliers de kilomètres. Sur des chemins poussiéreux. Sur des voies goudronnées. Dans la brousse. Sur des pistes. En plein sable. Des arrêts. Des départs. Des villages. Des oasis. Les yeux brûlants de soleil et de sable. L’horizon irisé d’or, embrumé de poussière. La longue colonne des camions fonçant d’un seul souffle à travers les tourbillons de sable. Étranges camions, grinçant et cliquetant, hérissés de mitrailleuses et de petits canons, ornés de palmes, de filets, de peaux de bouc, avec, à l’arrière, les tirailleurs assis, cramponnés aux ridelles, le visage protégé de la poussière par le chèche enroulé qui ne laisse apparaître que deux yeux noirs. La route interminable. Le désert qui n’en finit pas. La vie en camion. […] Cette chevauchée conduisait aux postes du Fezzan, à Gatroun, Mourzouk, Sebha. Les garnisons d’Italiens n’y eurent guère le cœur à résister. A peine tombée une palmeraie, les colonnes fonçaient sur la suivante. Incroyable audace de Leclerc, présent partout, surgissant la canne à la main au point le plus chaud, piquant des colères homériques, imposant chaque fois ses décisions à un ennemi plus nombreux mais toujours morcelé. Fantastique épopée où le bricolage de l’improvisation fonctionnait comme un mécanisme préparé de longue main. Émouvante complicité de cette poignée de volontaires venus de partout pour prouver que celui qui a écrasé par les chars sera écrasé par les chars. Incroyable troupe de gueux en haillons, aux tenues disparates, en casque ou en képi, en short ou en pantalon, en capote ou en burnous, mais unifiés moins par la crasse et la barbe hirsute que par la passion et la volonté d’en découdre. Accordée au retour du pendule qui, d’El Alamein, ramenait Montgomery à la poursuite de Rommel, cette cavalcade du Tchad à la mer à travers des paysages d’apocalypse ou de création, nous apportait le seul baume qui pût quelque peu dénouer notre angoisse d’expatriés : la fierté de la victoire. C’était comme une naissance. Derrière les portes ouvertes sur ces forts abandonnés par un ennemi prisonnier ou en fuite, se profilait un monde nouveau. Un monde aussi plein, aussi lumineux qu’un jeune corps. La vie, pour la première fois depuis des mois, devenait aussi forte que les ténèbres. Aussi forte que la mort. Et quand, après notre jonction avec la VIIIe armée à Tripoli, nous aperçûmes la mer, il semblait qu’au loin, dans la brume, par-delà la Méditerranée, se dessinait, comme un mirage, la côte de France. »

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Ce second extrait se situe au début de l’été 1945 dans la France tout juste libérée :

« C’était l’époque du grand retour. Retour des engagés aux armées. Retour des prisonniers.
Retour des déportés surtout. De ceux qui étaient revenus des camps de la mort. Squelettes de peau parcheminée qui dépassaient des loques rayées. Avec les récits de l’horreur. Pire que tout ce qu’on avait pu craindre, tout ce qu’on avait pu imaginer. La révélation d’un monde où, à chaque instant, l’impossible devenait possible. Sorte de cauchemar inversé où le réveil, loin d’éloigner l’angoisse, rendait au malheur toute son acuité, replongeait dans l’enfer. Et l’enfer, ce n’était pas seulement la faim, les poux, le typhus, les plaies, les coups, la folie, les cadavres, l’horrible odeur de la fumée qui montait des crématoires. C’était, plus encore, l’organisation de l’avilissement, la machine à humilier, à briser l’humain, à le contraindre à se mépriser lui-même. Tâche que l’humanité n’avait, jusque-là, jamais encore inventée. Car les tortures, jadis, avaient pour fonction d’obtenir des aveux, de réprimer une déviation politique, une hérésie religieuse. Le but ultime, ici, c’était de dégrader. D’amener les prisonniers à l’état de bêtes. De leur faire perdre, à leurs propres yeux, leur âme, leur qualité d’homme ou de femme. Sinon, comment comprendre les histoires de soupe renversée pour contraindre les plus affamés à la lécher à même la terre ? Ou de prisonniers politiques soumis à l’autorité de droits communs, souteneurs, voleurs et prostitués ? Ou enfermés avec les fous ? Ou utilisés comme cobayes pour les « expériences » de médecins déments ? Tous ces récits semblaient comme déplacés dans le temps et dans l’espace. Car les atrocités auxquelles l’histoire nous avait habitués s’étaient déroulées au loin, il y a longtemps. Elles visaient les anonymes du passé, des gens sans visage, des autres, esclaves de Pharaons, peuples vaincus par Rome ou Attila. Les horreurs nazies, au contraire, étaient survenues, ici, chez nous, maintenant. Elles avaient touché nos voisins. Nos amis, nos parents. Chacun de nous aurait pu être jeté dans un train pour arriver dans une nuit trouée par les torches électriques, sur un quai de gare secoué par les hurlements des chiens et les coups des SS. Les victimes étaient les mêmes que nous. […] Hanté par les ombres. Par le petit jockey de Saint-Jean-de-Luz et par Vincent D., le fantassin de Bir Hakeim et celui du Djebel Matleb. Par Roger D. et son frère Jean, assassinés l’un au Tchad, l’autre à Alger. Par Jacques S. et Jean B., le brillant commandant d’aviation abattu en flammes, évadé puis disparu en mer, et le petit juif déporté à Dachau qui ne s’en remettrait jamais. Toute la liste des disparus, au combat ou dans les fours crématoires. Des vingt camarades, officiers à la Compagnie de marche, en 40 à Dakar, trois seulement sont revenus. En 14-18, la mort emportait les hommes au hasard, sans aucun lien avec leur qualité, leur valeur. En 40-44, il y avait eu sélection. Ceux qui étaient tombés, c’étaient les meilleurs. Les plus résolus. Les volontaires de la Résistance ou de la France Libre. »

 

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8 septembre, 2007

La lettre d’adieu de Guy Môquet.

Classé sous ACTUALITE,PUBLICATION — vivelaresistance. @ 1:46

Guy Môquet naît à Paris le 26 avril 1924. Il poursuit des études secondaires au lycée Carnot lorsque surviennent la déclaration de guerre et l’internement de son père, Prosper Môquet, député communiste du 17ème arrondissement de Paris.

Militant de la jeunesse communiste, il monte avec ses camarades, dès l’été 1940, des groupes d’impression, de distribution de tracts clandestins et de collage de papillons.

Arrêté le 13 octobre 1940 à la gare de l’Est par la police française, il est interné à la Santé puis à Fresnes. Il en est libéré le 24 janvier 1941, mais il est cependant gardé au dépôt du Palais de justice puis transféré, comme interné administratif, à la Santé, à Clairvaux et enfin, en mai 1941, au camp de Choisel (Châteaubriant).

Le lundi 20 octobre 1941, au matin, après avoir un peu plus tôt saboté une voie ferrée, trois membres parisiens des « Bataillons de la jeunesse », Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et Guisco Spartaco, abattent dans la rue le lieutenant-colonel Hotz, Feldkommandant de Nantes. En représailles, Hitler ordonne d’exécuter 50 otages immédiatement, puis 50 autres si les auteurs de l’attentat ne se livrent pas. Le gouvernement de Vichy, par l’intermédiaire de son ministre de l’intérieur, Pierre Pucheu, intervient auprès des autorités Allemandes, et fournit une liste de prisonniers « bons à être exécutés » « pour éviter de laisser fusiller 50 bons Français ». Les Allemands fusillent quarante-huit otages deux jours plus tard : seize à Nantes, cinq au mont Valérien, vingt-sept au camp de Choisel (Chateaubriant).

Guy Môquet fait partie des otages avec son ami Jean-Pierre Timbaud (Tintin) né en 1904, ouvrier syndiqué et militant communiste, et avec Charles Michels, trente-huit ans, député communiste de Paris. Ils sont fusillés le 22 octobre 1941 à la carrière de La Sablière située à la sortie de Châteaubriant.

Le nom de Guy Môquet devient un symbole pour de nombreux groupes résistants. Louis Aragon lui consacre, sous son pseudonyme de « François la colère », un chapitre du « Témoin des martyrs », brochure publiée clandestinement. Le poète lui dédie également « La rose et le réséda », paru dans la clandestinité.

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Le billet qui complète la lettre de Guy Môquet est adressé à Odette Leclan, militante de l’Union des jeunes filles de France (U.J.F.F.), internée elle aussi au camp de Choisel. Contre toute attente et dans cet univers hostile, Guy Môquet connaît un amour d’adolescent avec celle qui deviendra Odette Nilès et qui est aujourd’hui présidente de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé, à la suite de son époux, Maurice Nilès. Roger Semat, Rino Scolari et Jean Mercier, cités dans la lettre, sont les trois amis de Guy Môquet avec Jean-Pierre Timbaud. Lors de l’insurrection et de la Libération de Paris, Rino Scolari, évadé, est l’un des adjoints du colonel Rol-Tanguy, commandant en chef des F.F.I. en Île-de-France.

En réaction à ces exécutions, le général de Gaulle adresse un message aux Français le 25 octobre 1941 sur les ondes de la B.B.C., les appelant à un « garde-à-vous national ». De Gaulle déclare : « En fusillant nos martyrs, l’ennemi a cru qu’il allait faire peur à la France. La France va lui montrer qu’elle n’a pas peur de lui [...] J’invite tous les Français et toutes les Françaises à cesser toute activité et à demeurer immobiles, chacun où il se trouvera, le vendredi 31 octobre, de 4 heures à 4 heures 5 ».

 

Comment nous sont parvenues les lettres de fusillés ? Avant l’exécution de la condamnation, des condamnés à mort ont pu rédiger une ou plusieurs lettres à leur famille. Certaines sont acheminées par les autorités allemandes qui en ont parfois censuré des passages ; d’autres sont remises aux aumôniers (voire aux gardiens) ; d’autres sont jetées par les condamnés au cours du dernier transport. On peut estimer à environ quatre mille le nombre de civils fusillés après jugement d’un tribunal militaire allemand ou comme otages par décision du gouverneur militaire. Les otages sont principalement communistes et/ou juifs, les résistants condamnés à mort le sont surtout pour des faits relevant de la lutte armée ou de l’activité de renseignement.

Sources : Dictionnaire historique de la Résistance.

Pour en savoir plus, nous vous renvoyons à la lecture de l’ouvrage :

« La vie à en mourir. Lettres de fusillés (1941-1944) ».

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7 juillet, 2007

Le 2ème Escadron du 12ème Cuirassiers sur les traces de la Division Leclerc.

Classé sous ACTUALITE,PARCOUR HISTORIQUE,RECEPTION — vivelaresistance. @ 1:54

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Le 2ème Escadron du 12ème Cuir à Saint-Gilles en compagnie de Raymond Ciroux.

La plaque située sur cette maison mentionne : « Ici le général Leclerc le 12 août 1944 décide d’investir Alençon guidé par Raymond Ciroux, jeune résistant. Le détachement du capitaine Gaudet libère la ville par surprise ».

 

Le 12ème Cuirassiers basé à Olivet près d’Orléans est un Régiment de tradition intégré aujourd’hui à la 2ème Brigade Blindée. Les jeunes engagés présents ont ainsi pu marcher sur les pas de leurs glorieux aînés qui s’étaient illustrés dans les combats de la Libération en 1944. 

En suivant l’itinéraire historique, ils se sont arrêtés sur de nombreux sites libérés par la célèbre Division Leclerc : Fyé, Chamfleur, Saint-Gilles, Alençon, Carrouges, Fleuré et Chambois. Ce parcours jalonné de nombreux monuments commémoratifs et la visite de l’exposition réalisée par l’association « Fyé 39-45 » leur ont permis de se rendre compte que les accrochages avec l’armée allemande avaient été très violents et que la 2ème D.B. avait subi de lourdes pertes notamment dans le Nord Sarthe les 10 et 11 août 1944. 

A Saint-Gilles, l’Escadron a fait la rencontre de Raymond Ciroux qui a pu exposer en détail le déroulement de la Libération d’Alençon. C’est précisément dans ce hameau situé au Sud-est d’Alençon qu’il est entré en contact avec les premiers éléments de la 2ème D.B. (le 4ème Escadron du 12ème Cuir du capitaine Gaudet) dans la soirée du 11 août 1944. Apportant de précieux renseignements (les Allemands avaient quitté la ville et les ponts sur la Sarthe n’étaient pas minés), Raymond Ciroux s’est proposé ensuite de guider l’avant-garde de la 2ème D.B. à travers la ville. Une petite colonne s’est alors avancée dans la nuit jusqu’au Pont Neuf où le général Leclerc a pu établir son P.C. C’est ainsi que la Libération d’Alençon s’est faite, par surprise, au matin du 12 août 1944. Raymond Ciroux s’est engagé le jour même au sein du 12ème Cuir.

 

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La cérémonie devant la stèle en hommage au Sous-lieutenant Michel Pity (1920-1944), libérateur de Carrouges.

 

A Carrouges, une cérémonie était organisée par notre ami Jean-Pierre Godet afin que le 2ème Escadron puisse rendre hommage au Sous-lieutenant Michel Pity, du 1er Peloton du 4ème Escadron du 12ème  Cuirassiers, libérateur de la ville le 13 août 1944, et malheureusement mort au champ d’honneur au Bourget le 27 août 1944 à l’âge de 24 ans. 

Les jeunes engagés présents en savent dorénavant beaucoup plus sur l’histoire de leur régiment au moment de la Libération. Ces trois journées passées sur le terrain de l’histoire les ont rattachés à  une période exceptionnelle écrite par des hommes dont ils peuvent être très fiers.

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