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14 mars, 2011

Témoignage de Jean-Jacques Auduc.

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Carte de résistant de Jean-Jacques Auduc, né le 9 juillet 1931 à Cérans-Foulletourte près du Mans, dans le département de la Sarthe.

Jean-Jacques Auduc est confronté à la guerre dès l’âge de 9 ans. Son père, prisonnier s’est évadé en 1941. Toute sa famille se lance dans la lutte active dès 1943 au sein du réseau « Hercule-Buckmaster » organisé autour d’un officier britannique et d’un radio parachutés. Le 1er juin 1943, Jean-Jacques entre officiellement dans le réseau Hercule en qualité d’agent P1. Il a 11 ans et 11 mois !
Jean-Jacques Auduc reçoit le 13 juin 1945 la Croix de Guerre 1939-1945 avec Étoile de vermeil pour son action du 21 septembre 1943 alors qu’il n’avait que 12 ans. Il est le plus jeune Croix de Guerre de France.

 Je suis rentré dans la résistance à 10 ans.
C’est évidemment parce que mes parents étaient dans la résistance.
On appartenait au réseau Hercule-Sacristain-Buckmaster , c’est un réseau Anglais .
Mon père était agent de liaison en mai 1940 il se trouvait à la frontière belge, il a vu les nazis (il y avait les nazis parce que pour moi il y a les nazis et les Allemands et ça j’insiste).
Il a vu arriver les nazis dans un orphelinat où il y avait une centaine d’enfants ;
Il y avait les ’’bonnes sœurs“ qui s’occupaient des enfants ,les jardiniers , la cuisinière et tout ce qui va avec un orphelinat.
Ils avaient décidé d’établir leur quartier général dans cet orphelinat qui était une très belle maison ancienne, un château.
(c’était la division Das Reich)
Au lieu de les chasser ou de les faire transporter ailleurs, ils ont mis des mitrailleuses de chaque côté du grand portail, ils les ont assassinés de sang froid ,une centaine d’enfants et les bonnes sœurs et tous les gens qui étaient dans cette maison.

Mon père était motocycliste, il était caché, il a vu ce massacre, il a pensé que les Allemands étaient des hommes pas comme les autres, les nazis étaient des hommes pas comme les autres.
C’étaient pas des soldats comme les autres parce que les soldats ne font pas ça et que c’étaient des fous dangereux qui pouvaient en faire autant à ses enfants et il a décidé d’entrer dans un réseau de Résistance le plus tôt possible.

Il a vu les Allemands un peu plus loin et une cinquantaine de tirailleurs sénégalais à genoux dans un pré ; ils les ont massacrés de façon sauvage alors qu’ils étaient prisonniers de guerre non armés.
Tout ça a fait que mon père a décidé de rentrer dans la résistance.

Il a été fait prisonnier et il était motocycliste ; il avait une moto toute neuve.
Il y a un allemand qui lui a fait comprendre que sa moto était « Kaput » et qu’il voulait la sienne.
Il n’avait pas besoin de lui demander puisqu’il était prisonnier de guerre,
il lui suffisait de la prendre ; ça c’est les Allemands.
Mon père a été obligé de lui donner sa moto.
Il est revenu quelque temps après avec un paquet sous le bras et dans ce paquet il y avait des vêtements civils ; ça voulait dire qu’il voulait qu’il s’évade (différence entre les nazis et les Allemands ) ;

Il est rentré dans la Sarthe et il a cherché à entrer dans un réseau.
Il a eu la chance de trouver quelqu’un qui connaissait Hercule, chef du réseau Buckmaster.

Il a formé un groupe qui s’appelait le groupe Fred avec uniquement sa famille qui comprenait ma grand-mère, ma mère, mon père, tous mes oncles et moi qui avait 11 ans.
Vous allez me dire qu’est-ce que l’on peut faire contre l’armée allemande ?
À l’époque si il y avait un rassemblement de plus de 3 adultes, il y avait automatiquement contrôle ; soit de la police française soit de la police allemande, tandis qu’un écolier ça passait partout.

Ma mission principale, la boîte aux lettres du réseau Buckmaster, était au Mans à l’hôtel de la Calandre.
Les courriers du Nord et du Pas de Calais apportaient leurs renseignements et prenaient les ordres.
Dans cet hôtel il y avait un radiateur de chauffage central qui était aménagé pour ça.
Ils mettaient ça dedans, et c’est tout ce qu’ils savaient.
Ça s’est produit malheureusement il y en a qui ont été arrêtés, torturés, mais ils n’ont pas pu dire quoique ce soit ils ne savaient rien, ils ne savaient pas où était le chef de réseau, ni le poste- émetteur ; mon travail était de reprendre ça dans le radiateur et de le porter chez ma grand-mère qui habitait à 25 km du Mans avec mon petit vélo.
Je passais les barrages, je n’ai jamais été inquiété.
Je mettais les messages dans la pompe de mon vélo et un jour j’ai perdu la pompe, ce n’est pas très grave parce que tout était codé.
Après je mettais ça dans le guidon de mon vélo et je faisais attention à mon vélo.
A 10 ans et demi je faisais 25 km aller, 25 km retour, ce qui faisait 50 km.
Des fois on me disait tu repars parce qu’il y avait du boulot ; alors du vélo j’en ai fait.
Ça c’était ma première mission.

Ma deuxième mission : on m’a envoyé là où des adultes ne pouvaient pas aller.
Les Anglais avaient fait des photos aériennes du terrain d’aviation du Mans et s’étaient aperçus qu’il y avait 3 escadrilles de Messerschmitt sur le terrain.
Ça les inquiétait beaucoup et ils ont demandé que l’on essaie de se renseigner, voir ce que c’était ça. C’était pas normal.
Donc c’est moi qu’on a envoyé avec mon cerf-volant, j’ai approché.
C’était gardé par des vieux soldats allemands qui avaient fait la guerre 14-18 et qui n’étaient pas méchants du tout et qui ont joué avec moi avec mon cerf-volant.
Je me suis penché et je me suis aperçu que les avions en question c’étaient des leurres, des avions en bois ; ils n’étaient pas peints en dessous.
Alors j’ai rendu compte et les Anglais, avec l’humour qu’ils avaient à l’époque, ont bombardé le terrain d’aviation du Mans une semaine après avec des bombes en bois !
Ça voulait dire que c’était important pour eux ; ils voulaient faire comprendre aux Allemands qu’ils étaient surveillés, que la Résistance française existait.

Notre groupe était un groupe de famille et lorsque nous recevions des parachutages il n’y avait pas de trop de toute la famille pour enlever les containers.
Moi je faisais le guetteur, je remplaçais un adulte : ça m’est arrivé une nuit, j’ai entendu un bruit sourd, j’ai donné l’alerte et en fait c’était un troupeau de vaches qui fonçait sur les lampes qu’ils avaient allumées.
Mon chef de groupe m’a félicité car j’avais été vigilant et surtout je ne m’étais pas endormi car à 11 ans on dort bien à 3 h du matin !

Mon père était chargé par le groupe Sacristain-Buckmaster de récupérer les aviateurs américains tombés en Sarthe.

Car les Américains avaient fabriqués beaucoup d’avions mais n’avaient pas de personnel à mettre dedans, donc ceux qui tombaient il fallait les récupérer vite fait pour qu’ils repartent le plus tôt possible.
À une époque le réseau était bloqué sur l’Espagne et l’on a été obligé de les garder chez nous pendant 3 mois.
On en avait trois dans une pièce mais au bout d’une semaine on ne pouvait plus les tenir enfermés ; il fallait les sortir.

Ma mère qui avait eu son brevet supérieur en 1930, était secrétaire d’une organisation agricole, et avait accès aux tampons.
Ils avaient tous des faux papiers pour les sortir : ils étaient tous sourds et muets c’était plus facile si ils étaient interrogés.
Un jour, on s’est fait arrêter à la sortie du Mans, j’étais avec un grand gaillard, j’ai eu la peur de ma vie car il y avait trois possibilités :
Si on rentrait dedans ils nous tiraient dessus.
Si il se sauvait c’était pareil.
La troisième, c’était la meilleure solution : il ne fallait pas qu’il bouge, j’ai serré la main très fort.
Il n’a pas bougé, il était blanc comme un linge. J’ai pris ses papiers dans sa poche, je les ai présentés au feldgendarme ; il a vu qu’il était sourd et muet, il a dit “grand malheur « raoust » (foutez le camp ).
Il n’est pas resté très longtemps là et mon grand américain quand il est rentré à la maison il m’a dit   « moi à 3000 m, je veux bien les voir mais pas par terre, je ne sors plus !»

Tout ça s’est terminé quand mes parents ont été arrêtés au bout de 9 mois de fonctionnement du réseau.
Heureusement pour moi j’étais parti en mission chez ma grand-mère et quand je suis arrivé, il y avait une voisine qui m’attendait au bout de la rue.
Elle m’a dit « surtout, tu ne rentres pas, les Allemands ont arrêté tes parents ».
Il est évident que si j’avais vu mes parents torturés, j’aurais parlé et moi sous la torture j’aurai avoué tout ce que je savais.
C’était prévu mais enfin il fallait que je parte sur Paris.
J’ai été d’abord à Chartres chez un colonel d’aviation qui faisait partie du groupe.
J’ai pris le train ; mais à 11 ans, pas de papier, traqué par la Gestapo, pas d’argent, les parents je ne savais pas si je les reverrai un jour, ça fait beaucoup pour un seul homme.
J’ai suivi les consignes, je suis parti. Je suis resté un peu chez le colonel qui n’a pas voulu me garder et m’a envoyé sur Paris.

Quelqu’un devait me prendre en charge mais ce quelqu’un n’est jamais venu car il a été arrêté.
Je me suis retrouvé sur le quai de la gare Montparnasse où je n’avais jamais été, je sortais de ma cambrousse, là j’étais vraiment perdu.
A l’époque, il y avait des porteurs qui prenaient les bagages quand vous sortiez de la gare .
il y en a eu un qui est venu me voir il me dit :
« mon petit bonhomme qu’est-ce qui se passe ? »
« tes parents ne sont pas venus te chercher ? » je dis « non ».
«tu vas me dire où tu dois aller ».
Je ne savais pas où aller, c’était mon problème.
Je lui ai avoué, foutu pour foutu : « je suis recherché, mes parents ont été arrêtés, je suis recherché »
Il me dit :
« bon je vais t’emmener chez moi ». il m’a emmené chez lui,
il s’était marié la veille.
Un monsieur qui ne me connait pas, un monsieur qui savait qu’il pouvait toucher une prime si il me livrait… L’hiver 1943, il faisait très froid.
J’ai dormi avec lui et la mariée a dormi sur la peau de mouton.
Voyez il y a quand même des gens extraordinaires que l’on rencontre dans une vie.
Mais le lendemain il m’a dit ça ne peut plus durer, je voudrais bien coucher avec ma femme.
Il m’a envoyé à une autre adresse et là les Anglais m’ont retrouvé.
Un jour on a entendu à la radio Jean Jacques est bien arrivé chez ses amis marchands de couleur.
ça voulait dire que j’étais encore en vie.
Dans la maison où j’étais, j’ai retrouvé 2 adresses.
J’ai fait tous les métiers à 11 ans sur Paris : j’étais marchand de couleur à Montmartre, j’ai promené des petits chiens chez une dame, il y a des gens qui ne me donnaient rien même pas de pain moi je n’avais pas de ticket c’était mon problème et à Paris les gens crevaient de faim.
Il y avait des gens sympa qui me donnaient des choses, d’autres pas.
Un jour je suis tombé sur la fourrière. Des gens de la fourrière qui m’ont dit : « tu promènes des chiens, des chats, on pourrait te donner une bonne prime » (il ramassait des chiens des chats pour l’unique lion qui restait à Vincennes).
Moi les gens qui n’étaient pas sympa je donnais les chiens et les chats ; fallait que je bouffe, que je vive, c’est pas beau mais j’ai trop été honnête je ramenais la laisse et le collier !
Ce fut cela un moment puis j’ai fait d’autres métiers et j’ai terminé à Montmartre chez les demoiselles de petites vertus qui m’ont sauvé la vie ; je leur dois la vie.
J’étais très triste à la libération quand des résistants de la dernière heure se sont permis de prendre un brassard et leur fusil de chasse et les ont humiliées comme ils l’ont fait.
Au bout de 3 mois, je n’intéressais plus la Gestapo, mes parents étaient déportés, mon père à Buchenwald, ma mère à Ravensbrück ; ils avaient été torturés au Mans.
Ma mère a été vendue au laboratoire Bayer pour 170 marks pour faire des expériences sur les femmes, elle est revenue dans un état sanitaire épouvantable.
Le début de la pénicilline l’a prolongée de quelques mois et elle est morte à 41 ans.
J’ai deux oncles qui ont été euthanasiés à Mauthausen et moi j’ai réussi à passer au travers.
Je suis encore là à 80 ans et c’est pour cela que je témoigne : pour que vous sachiez
qu’il y a les nazis et il y a les Allemands.
Vous avez de la chance de pouvoir apprendre moi je ne l’ai pas eu.
Je n’ai pas fait d’études, j’ai tout perdu dans cette aventure-là.
Il a fallu travailler ; mon père quand il est rentré faisait 36 kg et il fallait que je me mette au boulot.

 

 

Et ce que je voudrais vous dire c’est un message d’espoir :
Ayez confiance dans vos parents, enseignants, éducateurs.

Vous avez la chance de pouvoir apprendre, nous on ne l’a pas eu et surtout :
Ayez confiance en vous même.
Soyez fier de votre pays et de votre drapeau la France.
MERCI

 

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5 avril, 2010

70ème anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle.

Classé sous ACTUALITE,CONFRENCE - DEBAT,semaine speciale — vivelaresistance. @ 16:40

Programme officiel

70ème anniversaire
de l’appel du 18 juin 1940
du général de Gaulle

Alençon, du 22 au 25 avril 2010

 

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Jeudi 22 avril :

20H30

Conférence-débat
Sous la présidence d’honneur de M. Fred Moore, Compagnon de la Libération.
Avec la présence du colonel Loïc Le Bastard, Secrétaire Général de la Chancellerie de l’Ordre de la Libération et de Michel Leclerc de Hauteclocque, fils du maréchal Leclerc.


« L’Ordre de la Libération,
1038 Compagnons, 5 communes, 18 unités combattantes ».


L’histoire de la plus prestigieuse décoration française de la 2ème Guerre mondiale, en présence de plusieurs Compagnons et anciens de la France Libre et de la Résistance.


Entrée libre
Halle aux Toiles

Vendredi 23 avril :

17H00

 


Conférence de M. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Français libre, historien.

 


« De l’appel du 18 juin 1940 à la Libération »

 


Jean-Louis Crémieux Brilhac fut secrétaire du Comité exécutif de propagande et chef du service de diffusion clandestine de la France Libre (Londres – printemps 1942/août 1944).

La conférence sera suivie d’une séance de dédicaces de plusieurs ouvrages par l’auteur.

 

Entrée libre
Halle aux Toiles


Samedi 24 avril :

14H00


Conférence de M. Jean-François Muracciole, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Montpellier III. Spécialiste de la Résistance et de la France Libre. Chercheur au CNRS.


« Les Français libres, l’autre résistance »

 

Avec la présence de M. Georges Caïtucoli, Vice-Président et Secrétaire Général de la Fondation de la France Libre.


La conférence sera suivie d’une séance de dédicaces de plusieurs ouvrages par l’auteur.


Entrée libre

Halle aux Toiles

16H00

 

 

Conférence – débat
Par Mme Janine Boulanger-Hoctin, présidente de l’Amicale des volontaires féminines dans la France Libre.

 

« Les volontaires féminines dans la France Libre »

 


Avec la présence de plusieurs Françaises libres et anciennes résistantes.


17H00

 

Rencontre avec Jane Audoli-Courtault, auteur.
Présentation de l’ouvrage « Bernard Courtault – Lettres du Mont Valérien » et de la pièce de théâtre « Tribunal XXI ».

Tout l’après-midi : rencontres et échanges avec les vétérans de la France Libre et de la Résistance intérieure. Présence de plusieurs auteurs d’ouvrages sur le sujet, séances de dédicaces.

Entrée libre
Halle aux Toiles


Dimanche 25 avril :

16H00


Spectacle théâtral


« Tribunal XXI »

Cette pièce, écrite par Jane Audoli-Courtault et mise en scène par Jérémie Fabre, relate l’histoire et les derniers jours d’un jeune résistant de 20 ans, Bernard Courtault, fusillé au mont Valérien le 3 novembre 1943.


Entrée : 12 euros
Théâtre d’Alençon

 



Renseignements et réservation :

Librairie « Le Passage » 8, rue du Bercail – Alençon
Numéro du secrétariat de « Vive la Résistance » modifié le 04/05/2013 : 01 47 82 31 14


Du 22 au 25 avril

Expositions

« L’espérance doit-elle disparaître ? »
Réalisée par le musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne.

« De Gaulle et la France Libre »
Réalisée par la Fondation de la France Libre

(Visites de 14 heures à 19 heures)

Entrée libre
Halle aux Toiles

 

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20 mars, 2010

Radio Londres, la voix de la liberté « suite ».

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Une partie de l’équipe des « Français parlent aux Français », l’un des programmes les plus populaires de la BBC, emblématique d’une volonté de résister. Ici, de gauche à droite : Paul Boivin, Jacques Duchesne, Geneviève Brissot et Jean-Paul Granville.

 


Pour la première fois dans l’histoire des guerres, la radio s’impose comme une arme capitale. Après l’appel lancé par le général de Gaulle le 18 juin 1940, Radio Londres a continué à jouer un très grand rôle assurant un lien continu entre les Français de la métropole sous la botte nazie et les Alliés qui poursuivaient la guerre.
Radio Londres deviendra le porte-parole de la France Libre.
L’émission française de radio Moscou sera aussi écoutée mais son audience ne sera pas du tout comparable.
A compter du 1er juillet, l’émission « Ici la France » est diffusée durant trente minutes après un quart d’heure d’informations en français. Dans la séquence intitulée « l’émission de la France Libre » de Gaulle parle cinq minutes par soir. La voix du lieutenant Maurice Schuman qui l’a conçue, devient vite célèbre. Avant chaque émission de la France Libre, on entend la formule « Honneur et Patrie ».
Le 26 août, une nouvelle émission est créée : « Les Français parlent aux Français ». Le ton des émissions est dynamique et les programmes affichent une vraie cohérence. Cette émission galvanise les énergies et encouragera les Français à résister. Chaque soir, on peut entendre un véritable acte de foi dans la victoire.
Jusqu’à la Libération, cette émission de radio va mettre en fureur la propagande de l’ennemi. Un slogan imaginé par Oberlé fera merveille dans cette bataille pour la vérité : « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ».
Radio Londres émet également des messages codés, destinés à la Résistance intérieure, annonçant notamment des parachutages.
Toutes les émissions françaises de Radio Londres s’efforcent de mobiliser la population française. Pour le 1er janvier 1941, le général de Gaulle appelle les Français à déserter les rues des villes et des villages pendant une heure. Puis Radio Londres lance la « campagne des V » : les Français sont invités à tracer le signe de la victoire sur les murs, les portes, les trottoirs et les affiches de propagande de l’ennemi. Beaucoup passent à l’acte, en particulier les jeunes, et rajoutent souvent une croix de Lorraine. Les 1er mai, 14 juillet et 11 novembre, il est demandé d’organiser des rassemblements sur les places publiques, devant les mairies ou les monuments aux morts. Le 14 juillet 1941, des milliers de personnes se retrouvent place de l’Etoile et sur les grands boulevards à Paris, renouvelant en l’amplifiant la première manifestation patriotique du 11 novembre 1940.
L’occupant qui a pris conscience de l’impact de Radio Londres en interdira sans succès l’écoute,  (écouter Radio Londres était dangereux, on pouvait être dénoncé comme résistant) et organisera un brouillage systématique et puissant.
L’audience des émissions de Radio Londres ne cessera de s’élargir et en 1944, une large majorité des foyers métropolitains écoute cette radio « interdite » qui répandait l’espérance et appelait alors, à l’action.

 
 

Radio Londres, la voix de la liberté

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25 février, 2010

Charles Rudrauf, Compagnon de la Libération, évoque les conséquences de l’appel du 18 juin 1940.

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Charles Rudrauf


Volontaires pour l’inconnu

L’appel du 18 juin 1940 a été l’élément initiateur d’une épopée très riche en initiatives personnelles , à commencer par celle du fondateur de la France libre : le général de Gaulle.
Les années passant, ces événement sont entrés dans l’histoire, à défaut d’être décrit et commentés dans les manuels scolaires. Tout a été dit sur la stratégie, les combats, les résistances intérieures et extérieures, ainsi que sur les batailles menées par la France libre, sur terre, sur mer et dans les airs.
Si l’on a beaucoup dit et écrit sur les chefs prestigieux et sur les moyens mis en œuvre, il reste que l’on a peu parlé des hommes, de l’homme que chacun était en lui-même, et c’est à cet homme seul et néanmoins décidé que je voudrais qu’il soit rendu hommage. Ces hommes, ces libérateurs en puissance parfois venus de très loin, ces résistants œuvrant dans l’ombre, tous avaient un point commun : ils étaient des VOLONTAIRES !
Volontaires ! Imagine-t-on ce que cette expression referme comme abnégation au moment du choix ? Mais aussi ce qu’elle suppose comme difficultés dès lors qu’il s’agit de passer aux actes, car obéir à sa conscience n’est pas aussi simple qu’obéir aux ordres d’un supérieur supposé décrire la mission et fournir les moyens ! Réalise-t-on que ces hommes et ces femmes ont tout laissé de leur vie antérieure, qu’ils se sont délibérément placés hors la loi, qu’ils ont plongé dans la clandestinité, qu’ils ont pris des risques démentiels pour rejoindre et SERVIR. Chacun d’entre eux a connu l’angoisse d’avoir à faire un choix décisif, d’avoir à se déterminer seul, sans informations crédibles, seul face à sa conscience ! Tous ont dû trouver en eux-mêmes les ressources nécessaires pour conserver la foi en la France alors que tout s’écroulait autour d’eux.
L’amour du pays ayant montré la voie, les uns ont traversé des frontières, d’autres ont déserté leurs unités respectives, certains sont restés sur place pour servir dans le risque permanent. Tous ont couru mille dangers, tous ont su prendre l’unique voie dans laquelle un homme se trouve en paix avec sa conscience : la voie de l’honneur et de la raison.
En cela, et quelle que soit la date de leur choix, ils partagent avec les meilleurs l’honneur d’avoir donné au général de Gaulle le poids nécessaire à son indépendance dans le camp des Alliés et la gloire d’avoir permis, contre l’ennemi et parfois malgré nos amis, la libération et l’indépendance de la France.

Charles Rudrauf

 

Charles Rudrauf, Compagnon de la Libération, évoque les conséquences de l’appel du 18 juin 1940. dans Concours national de la Resistance et de la Deportation logoassociationvivelaresistancenew2

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30 janvier, 2010

Témoignage de Geoffroy Chodron de Courcel, premier « compagnon » du général de Gaulle.

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Londres, 20 juin 1940. Le général de Gaulle et son officier d’ordonnance le lieutenant Geoffroy Chodron de Courcel devant Saint Stephen’s House.

 

Mon témoignage sur le 18 juin 1940…
Si je m’en tiens aux faits, le récit en est très court, bien qu’ils aient eu pour moi une signification très profonde.
Le général de Gaulle était arrivé à Londres vers midi, le 17 juin, je l’accompagnais, le général Spears également.
A peine débarqués le général de Gaulle souhaita voir Churchill. Le général Spears le conduisit à Downing Street où « le Premier ministre mit la BBC à sa disposition ».
La journée du 18 m’apparut comme une journée d’attente qui contrastait singulièrement avec les douze jours intenses vécus auprès de lui depuis qu’il avait été nommé le 6 juin sous-secrétaire d’Etat à la guerre dans le Cabinet Reynaud.
Il se concentra pour la plus grande partie de la journée sur la préparation de son appel dans le petit appartement que nous occupions depuis la veille à Seamore Place. Je l’accompagnais à un déjeuner qu’il eu avec M. Duff Cooper, ministre chargé de l’information dans le gouvernement Churchill ; le général Spears y participait aussi. C’est le seul contact que le général de Gaulle eut avec un membre du gouvernement britannique et sans doute il exposa le thème général de son discours à M. Duff Cooper ; celui-ci avait les instructions de Churchill de l’autoriser à parler, contraires à l’opinion de son gouvernement, ce que de Gaulle n’apprit qu’après coup.
Plusieurs fois dans l’après-midi il interrompit son travail pour s’entretenir avec moi, se faisant traduire les journaux et commentant les nouvelles. Il fumait sans arrêt…Déjà, il exposait sa vision de l’avenir avec cette maîtrise qui devait me devenir peu à peu familière.
De Gaulle me demanda de trouver une secrétaire. Je connaissais Elisabeth de Miribel et lui téléphonais ; elle servait dans une mission comme documentaliste et ne tapait que d’un doigt. Je lui dictai la rédaction du général qui était très raturée, comme j’en faisais pour la première fois l’expérience.
Après l’attente, ce fut l’événement décisif. Le soir à six heures, le général de Gaulle lançait sur les ondes de la BBC son premier appel. Assis dans un salon contigu au studio où il parlait, je l’écoutais, la gorge serrée, en compagnie du général Spears et du directeur de la BBC.
En sortant du building de la BBC, qu’il quitta assez vite, étant assez ému, il m’emmena dîner en face, au Langham Hôtel, dont la sale à manger était encore vide. Il devait être aux environs de 19 heures. Durant le dîner, il déclara que l’intervention des Etats-Unis et de l’URSS était, à ses yeux, inéluctable. Je fus frappé par sa déclaration en ce qui concernait l’URSS. Nous rentrâmes à Seamore Place. La première page de l’histoire de la France Libre venait d’être écrite.
Le lendemain matin, des volontaires se présentaient. Je ne prétends pas tous les citer. Je me souviens que le premier était chauffeur, conduisant une Hispano-Suiza chez un industriel anglais ; quelques autres également modestes, demandaient comme lui à s’engager, je prenais leurs noms et leurs adresses pour pouvoir les convoquer dès que nous aurions un centre de recrutement, qui devait être ouvert quelques jours après l’Olympia.
Parmi les notables, peu nombreux, je me souviens de Denis Saurat, directeur de l’Institut français, et de Bellanger, directeur chez Cartier, qui se mit avec sa voiture personnelle à la disposition du général et devait nous conduire à travers Londres pendant plusieurs jours. Je revois encore Pierre Bourdan, journaliste chez Havas qui vint aussi ce matin-là. Des militaires arrivés de France demandaient à reprendre aussitôt du service : le premier d’entre eux fut Claude de Boislambert, qui commandait un détachement de liaison dans une division britannique et qui avait fait la liaison sur la Somme avec la division de Gaulle.
Deux aspirants, également officiers de liaison auprès de l’armée britannique,se présentaient en fin de matinée. Je devais justement accompagner le général de Gaulle pour déjeuner chez le général Lelong, attaché militaire, et je confiais à ces deux nouveaux arrivés le soin de garder la porte et de prendre les noms de ceux qui arriveraient en notre absence.
A mon retour, le plus ancien des deux me prit à part et me dit : « Je ne sais pas si vous avez eu raison de me confier cette mission sans connaître mon identité. Je suis Georges Boris et j’ai été un des plus proches collaborateurs de Léon Blum. Ma présence ici pourrait effrayer certains de vos volontaires. » Je ris de cette coïncidence et ce fut le début d’une amitié à laquelle j’ai attaché jusqu’à sa mort beaucoup de prix.
Ainsi apparaissait l’image de la France Libre : le conducteur d’Hispano-Suiza, Denis Saurat, Bellanger, Pierre Bourdan, Boislambert, Georges Boris, des hommes de toutes les origines, mais qui étaient unis par la même résolution : celle de ne pas s’incliner devant la défaite.

Geoffroy Chodron de Courcel

 

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