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20 février, 2008

Les atterrissages secrets de la RAF en France durant la Seconde Guerre mondiale.

Classé sous CONCOURS,HISTOIRE,TEMOIGNAGE — vivelaresistance. @ 13:15

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Pilotes du groupe 161 devant le Lysander de Hugh Verity.

 

C’est dans la nuit du 19 au 20 octobre 1940 qu’eu lieu la première opération de ramassage clandestin de la Seconde Guerre mondiale (ramassage près de Montigny, au Sud de Fontainebleau, de Philippe Schneidau « Felix », agent des services secrets britanniques). L’escadrille 419 de la RAF avait été formée par le capitaine Wally Farley vers septembre 1940. En mars 1941, le numéro de l’escadrille devint 1419 pour éviter des confusions avec le groupe aérien 419. Elle avait alors à sa tête le commandant Teddy Knowles. Le 25 août 1941, l’escadrille 1419, transférée en mai à Newmarket, devenait groupe n°138. Le groupe fut repris en novembre 1941 par le lieutenant-colonel W.J. Farley, DFC. Il possédait alors sept Whitley, deux Lysander à grand rayon d’action et un Maryland, bombardier bi-moteur américain. Le groupe 138 effectuait un nouveau transfert, à Stradishall, le 18 décembre 1941.
Le groupe aérien 161 fut formé le 14 février 1942. Plus étoffé, et destiné à succéder au groupe 138 pour ce genre d’opérations, il comprenait sept Lysander, cinq Whitley V, deux Wellington et un Hudson.
Le capitaine Murphy réussit le premier ramassage du groupe 161 dans la nuit du 27 au 28 février 1942 : à St-Saëns, près d’Abbeville, il récupérait deux personnes dont Gilbert Renault dit « Rémy » fondateur du réseau de renseignements la « Confrérie Notre-Dame ». Un mois plus tard (dans la nuit du 26 au 27 mars 1942), Rémy fut débarqué près de Saumur par le pilote Guy Lockhart. Christian Pineau de « Libération » et François Faure de la « C.N.D. » furent ramenés en Angleterre lors de cette même opération.
Le 1er mars 1942, le groupe 161 était transféré à Graveley puis à Tempsford (dans le comté de Bedford près de Sandy) en avril 1942. Tempsford est restée la base principale du groupe 161 jusqu’à la fin des opérations.
En novembre 1942 (dans la nuit du 17 au 18) étaient déposés en France : Henri Frenay, chef du mouvement « Combat » et Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Lors de cette mission, le pilote John Bridger ramassa le général François d’Astier de la Vigerie et Yvon Morandat, un des plus fins agents politiques du général de Gaulle.
Hugh Verity, qui n’a alors que 24 ans, prend le commandement de l’escadrille des Lysander du groupe 161 en novembre 1942 et effectue sa première opération le 23 décembre 1942 (atterrissage impossible près de Macon pour cause de brouillard).
Durant les premiers mois de 1943, le groupe 161 eut à transporter des passagers qui ont apporté une immense contribution à l’organisation de la Résistance. Claude Hettier de Boislambert et Christian Pineau furent récupérés dans la nuit du 14 au 15 janvier 1943. Pierre Brossolette fut déposé près d’Issoudun dans la nuit du 26 au 27 janvier. Jean Moulin et le général Delestraint ont été récupérés dans la nuit du 13 au 14 février (près de Ruffey-sur-Seille dans le Jura) puis redéposés dans la nuit du 19 au 20 mars 1943 (près de Melay en Saône-et-Loire). Une mission visant à déposer Jean Moulin, dans la nuit du 24 au 25 février de la même année, fut rendue impossible pour cause de brouillard trop épais au dessus du terrain d’atterrissage : il fallut repartir en Angleterre !

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Philippe Livry-Level, Compagnon de la Libération.

 

Le 2 février 1943, Philippe Livry-Level est affecté au groupe 161 (seul Français à avoir eu cet honneur). Sur Hudson (avion de transport, construit aux USA par Lockheed-Vega, transformé en bombardier de reconnaissance) et comme navigateur avec le pilote Hugh Verity, le capitaine puis commandant Livry-Level effectua plusieurs missions en 1943. Dans la nuit du 15 au 16 juin 1943, leur Hudson déposa deux personnes dont Claude Bouchinet-Sereulles (qui allait devoir assurer l’intérim de Jean Moulin à la Délégation générale après son arrestation le 21 juin) et en ramena huit dont Henri Frenay du mouvement « Combat ». Ils déposèrent Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Jean-Pierre Lévy (chef national du mouvement Franc Tireur) dans la nuit du 24 au 25 juillet 1943. Philippe Livry-Level et Hugh Verity ont effectué le ramassage du général de Lattre de Tassigny avec sept autres passagers, près de Manziat (département de l’Ain) dans la nuit du 16 au 17 octobre 1943. Un mois plus tôt (dans la nuit du 14 au 15 septembre), un avion Hudson avait déposé près de Bletterans (Jura) le futur ministre Maurice Bourgès-Maunoury.
Une mission pouvait facilement se solder par un échec : le 17 novembre 1943, près de Périgné (Deux-Sèvres), le pilote Robin Hooper dut détruire son Lysander tellement embourbé qu’il ne put redécoller et ce malgré l’aide des fermiers alentour.
Cette aide s’est par contre révélée décisive dans le cas de l’opération menée dans la nuit du 8 au 9 février 1944. L’Hudson embourbé du Lieutenant Affleck fut « sauvé » de la destruction grâce aux efforts des habitants du secteur alertés en pleine nuit et venus spontanément prêter main forte à l’équipage. Ce ramassage effectué près de Bletterans (Jura) a permis à Raymond, Lucie Aubrac (alors enceinte de près de neuf mois) et leur jeune fils de gagner l’Angleterre.
Les pilotes de Lysander prenaient de très gros risques et certaines opérations eurent une fin tragique : le capitaine Leslie Whitaker DFC fut abattu et tué , dans la nuit du 3 au 4 mai 1944, en survolant malencontreusement à basse altitude une base aérienne allemande.
A partir de septembre 1944, et à mesure que le territoire français se trouve libéré, s’arrête la participation des pilotes de Lysander, et des équipages de Hudson, aux atterrissages clandestins. Leur mission consiste désormais en transports non opérationnels en France libérée et en Belgique.
Après la capitulation de l’Allemagne, en mai 1945, le groupe 161 (dont Len Ratcliff a pris le commandement en mars 1945), est affecté au transport de vivres aux pays libérés et au rapatriement au Royaume-Uni des prisonniers de guerre.

C’est ainsi que s’achève l’épopée de cette poignée de pilotes qui apporta une aide très précieuse à la Résistance française. En établissant ce lien essentiel entre l’état-major de Londres et « l’armée des ombres » en territoire occupé, ces missions périlleuses permirent au général de Gaulle de parler au nom de la France toute entière. Leur importance historique fut immense.

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Photo avion Lysander

 

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