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17 mars, 2011

L’arrestation de Pierre Sudreau par les services de l’Abwehr.

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M. Pierre Sudreau, Président d’honneur de l’association « Vive la Résistance ».

Les coups les plus rudes furent portés à la Résistance, non pas par la Gestapo, mais par l’Abwehr. Ses dirigeants, beaucoup plus fins politiques et psychologues que ceux du service de répression policière, avaient prévu que la Résistance naîtrait de l’Occupation et qu’il fallait la « noyauter ». Avant même les hostilités, l’Abwehr avait des agents en France que le jargon populaire avait surnommés « ceux de la Cinquième Colonne ». Elle perfectionna son action en infiltrant les premières cellules de Résistance avec ses propres agents. […] André Boyer, particulièrement connu à Londres où il s’était rendu en février 1943, puis de nouveau avec Gaston Defferre, en septembre, estimait que nous devions y faire un tour avec Augustin Laurent. Notre « enlèvement » était prévu à la mi-novembre, au Nord de la région parisienne. Malheureusement, à quelques heures près, l’Abwehr et la Gestapo réussirent à nous neutraliser.
Nous fûmes arrêtés ensemble, côte à côte, Jean-Maurice et moi, le 10 novembre 1943 à 15 heures, dans un café près de l’Étoile. Nous avions pris conscience, au cours d’un déjeuner rapide dans un petit restaurant, des regards insolites et insistants de deux hommes. Nous essayâmes alors de prendre le métro et de nous sauver par la procédure habituelle : en montant dans le wagon, puis en descendant brusquement lors du démarrage. Mais une alerte aérienne provoquant la fermeture des portes du métro nous bloqua dans la rue, et nous nous étions mis bien en vue à la terrasse d’un café, pensant que les filatures continueraient et que nous pourrions nous échapper. Considérés comme dangereux, susceptibles d’avoir des « gardes du corps », nous eûmes droit à un véritable commando : quatorze policiers dont dix Français de la sinistre bande à Bony-Lafont, auxiliaires de la Gestapo.
Après une arrestation spectaculaire, nous fûmes emmenés séparément, les yeux bandés, dans deux voitures, vers une villa « spéciale » de l’Abwehr où je subis un traitement « particulier » pendant une semaine environ. Carré, l’homme de l’Abwehr, était seul avec moi à connaître le jour et l’heure de notre rendez-vous et mes soupçons, dès les premiers interrogatoires, devinrent certitude. Ils me permirent d’organiser ma défense. Il ignorait tout cependant des responsabilités de Jean-Maurice, arrêté par hasard, qui put cacher sa véritable identité et bénéficier de quelques jours de répit.
La mise en condition fut brutale : il fallait « briser » psychologiquement le prisonnier, mais sans trop de marques visibles, au moins sur le visage. Le but était d’essayer de me « retourner ». Du fait de mes responsabilités, j’étais une bonne prise, et j’aurais pu faire d’énormes dégâts en acceptant de « collaborer »…
Les Allemands, bien informés par l’agent double, recherchaient activement André Boyer, chef du réseau, et Gaston Defferre, qui revenaient de Londres. J’avais rendez-vous avec André Boyer en fin d’après-midi. Contrairement aux règles de sécurité, il resta quelques temps avec mon épouse et lui dit : « Dans notre métier, on n’a jamais de retard à un rendez-vous, ou on prévient. Pierre savait que je prenais un train ce soir pour une mission importante ; il lui est donc arrivé quelque chose… Ayez du courage. » Il lui donna en outre des instructions sur l’attitude à avoir en cas d’interrogatoire.
Mes geôliers me firent comprendre qu’étant donné les charges retenues contre moi, et sauf indication précise de ma part, ils étaient dispensés de tout formalisme pour procéder à mon exécution immédiate. Ils cherchaient également des informations sur Jacques Bingen, envoyé spécial du général de Gaulle, mais la police allemande ne gagnait pas toujours. Ainsi le jour même de mon arrestation, j’avais rencontré Jacques Bingen au Parc Monceau. Quelques heures plus tard, je compris vite au style des interrogatoires, que la filature avait échoué… Les tortionnaires en étaient furieux.
La préparation psychologique était très subtile. On me fit descendre dans un sous-sol, yeux bandés et mains liées dans le dos, pour être exécuté. Il est toujours difficile d’être objectif à l’évocation de pareils souvenirs. J’affirme pourtant ne pas avoir eu peur. J’étais encore sous le coup d’une rage intense d’avoir été arrêté, d’avoir été le jouet d’une ruse. Sans penser à ma famille, j’étais « bloqué ». Peu m’importait la mort : je la méritais puisque je m’étais laissé prendre. Je me souviens encore avec une grande netteté de ma descente trébuchante dans un escalier tournant, vers ce que je supposais être une cave. Mes sentiments dominants étaient alors une sorte d’intense curiosité : j’allais savoir ce qu’il y avait « au-delà »…
La première épreuve dura longtemps. Agenouillé, toujours yeux bandés et mains liées dans le dos, je fus laissé à mes réflexions pendant un temps qui me parut très long avant l’exécution supposée. La mise en scène macabre était particulièrement au point et avait dû être « rentable ». J’entendais mes gardiens (hélas français, encadrés par les Allemands) : on me faisait comprendre  qu’ils jouaient aux cartes ou aux dés pour savoir lequel serait chargé de l’exécution. Puis vint le moment de la préparation des armes : munitions, chargeurs, claquement de culasse, tout y était.
Le bourreau se faisait attendre et n’en finissait pas de descendre l’escalier : « Alors tu te décides à parler ? Sinon… » ; « Puisque tu veux mourir… », et l’homme tira trois coups de feu près de moi, qui me cinglèrent. J’entends encore leur extraordinaire et très impressionnante résonance dans cette cave qui devait avoir des murs très épais.
La vérité s’impose. Il ne s’agissait pas de courage. J’eus la chance d’être totalement inhibé par un blocage psychologique. Réaction d’orgueil ou de rage, je ne sais… J’étais encore dans l’action, dans la Résistance : je jouais, même hébété, mon rôle jusqu’au bout.
L’Abwehr savait admirablement présenter sa proposition. Après les brutes, un officier, genre professeur distingué avec lunettes d’or, vint m’expliquer que les Allemands comprenaient fort bien le patriotisme, et que son service, distinct de la Gestapo et très au courant de mes activités, était prêt à intercéder en ma faveur jusqu’à obtenir ma libération moyennant quelques précautions… « Nous sommes sportifs, et si vous parveniez à vous échapper, ce serait tant pis pour nous. Ce que nous voulons, c’est essentiellement vous mettre à l’écart. Si vous n’acceptez pas, nous serons obligés de vous livrer à la Gestapo, et inéluctablement vous serez très torturé, puis fusillé dans quelques jours. »
Leur intention, bien évidemment, était de neutraliser et de compromettre leurs victimes. Le chantage était très au point et fut certainement très efficace. Le cheminement était tentant : entre une mort certaine et l’espoir de berner les Allemands, pourquoi hésiter ? Ce fut, me semble-t-il, le raisonnement de René Hardy, arrêté puis relâché, qui commit le crime de cacher son arrestation et de ne pas mettre en garde ses amis. J’aurais pu accepter aussi, si je n’avais eu la chance – immense – d’être enchaîné quelques heures chaque nuit avec Jean-Maurice Hermann, merveilleux ami, lucide et courageux, qui me mit en garde contre ce qui lui apparaissait être un piège évident…
Erreur d’organisation ? Nous nous retrouvions pour la nuit, en chaînés l’un à l’autre sur un bat-flanc, gardés par deux Français armés, mais nous pouvions parler en chuchotant, au petit matin, lorsque la vigilance se relâchait. L’attitude de Jean-Maurice était très ferme : « Tu ne vas pas leur faire confiance… C’est une folie d’avoir l’air de pactiser, d’accepter quoi que ce soit ! » Et cette phrase que je n’ai jamais oubliée : « Il vaut mieux la mort. Il faut savoir quitter la vie avec dignité. » Lui-même, marqué par l’intensité de ces moments, y fit allusion, quarante-cinq ans plus tard, et prononça la même phrase, cette fois-ci pour lui-même, dans les bras de son fils Bernard, la veille de sa mort, le 15 juin 1988…
Après l’Abwehr et sa maison secrète, nous fûmes « officiellement » arrêtés et incarcérés séparément à la prison de Fresnes. Cela signifiait aussi la revanche de la Gestapo, avec de sombres heures avenue Foch, où étaient concentrés, du n°82 au n°86, les services répressifs avec leurs salles de tortures.
Notre chemin fut ensuite plus classique : la prison de Fresnes et la déportation. Malheureusement, on nous sépara à Compiègne. Jean-Maurice souffrit terriblement à Neuengamme, surtout dans les dernières semaines de la guerre, sur les routes, où ont été abattus tant de déportés à bout de souffle. Je lui dois l’honneur de ma vie.

M. Pierre Sudreau

 

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14 mars, 2011

La répression de la Résistance dans l’Orne.

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Etienne Panthou (Armée Secrète). Chef du secteur d’Argentan (Orne). Arrêté, torturé et fusillé par la Gestapo le 28 juin 1944.

 

Dépendante du « Kommandeur » régional pour toute la Normandie, qui siège à Rouen rue du Donjon, l’antenne ornaise de la Gestapo réside à Alençon.
Jusqu’au début de 1944, elle est dirigée par le Dr Harold Heinz, qui exerçait primitivement ses talents à Cherbourg. En mars, Heinz est muté à Caen, et Richard Reinhard, dit «  Hildebrand », le remplace. On note qu’à partir de novembre 1943, les responsables des services de police allemands s’affublent de pseudonymes ; on a laissé entendre que c’était un subterfuge pour tromper la Résistance, en réalité il semble bien que, sentant le vent tourner et peu désireux de rendre un jour des comptes sur les exactions de leurs officines, ils aient tenté de se voiler d’un certain anonymat. Reinhard à Alençon se fera appeler « Hildebrand » mais aussi « Lebrun » et « Lefèvre » ! Heinz, précité, préférera le surnom de « Bernard ». Goest à Saint-Lô répondra au pseudo de « Godefroy » et à celui de « Benoit ». Walter Kunrede à Evreux choisira « Vervier », Herbert von Berthold à Caen sera connu sous celui d’ « Albert ».
C’est donc Reinhard, que les résistants de l’Orne ne connaîtront que sous le vocable d’Hildebrand, qui prend en main le SD.
Sa première tâche est de créer un groupe « Action », formé d’éléments français. La responsabilité en est octroyée à Bernard Jardin, d’Argentan, individu sans aucun scrupule, pervers, cupide, et au cynisme cruel, qui navigue depuis plusieurs mois dans les eaux fangeuses de la collaboration active. Il constitue une équipe d’aventuriers et de repris de justice dont les membres principaux seront Berteaux, un tueur illuminé, Lotti, Duru, Lemaître, Larronche, Perrin père et fils, Bogdanoff, Chapron, Neveu.
Profitons de cette occasion pour indiquer, de l’avis même des gestapistes allemands, que les résultats du SD et de la Gestapo, et ceci d’une façon générale, auraient été abaissés de 60 % s’ils n’avaient été guidés, pilotés, conseillés, par des traitres français. Comment en effet admettre que, sans le concours de quelques suppôts, des policiers prussiens, bavarois, rhénans ou wurtembourgeois, se dirigent à coup sûr vers des caches, des sapes, des grottes, des fermes abandonnées, des métairies isolées, dans le dédale des chemins creux et des sentiers perdus, ne figurant sur aucune carte d’état-major, par des traces ou des pistes inconnues des géographes ? On a grand tort, lorsqu’on évoque la Gestapo, de voir en elle un organisme tout-puissant, ayant l’œil partout, connaissant tout. En réalité, ce n’était qu’une impitoyable machine administrative, parfaitement structurée, qui broyait inexorablement les pauvres gens qu’elle avait en main. Mais elle ne put obtenir de succès que dans la mesure où elle trouva une horde de renégats, qu’elle traitait d’ailleurs avec mépris, pour lui servir de rabatteurs et d’indicateurs. On a vu dans certaines régions comme le Vièvre, sur le territoire du maquis Surcouf, qu’elle ne parvint jamais à réduire les partisans dès lors qu’elle ne réussissait pas à y introduire d’agents doubles. On mesure donc à cette réflexion qu’elle fut la sinistre responsabilité des quelques bandits qui se mirent à son service. Le cas du département de l’Orne est typique à cet égard :
Jusqu’à la mi-mai 1944, les policiers nazis n’obtiennent guère de résultats probants dans leur lutte contre la Résistance. Certes, il y eut des arrestations dues aux inévitables bavardages et à quelques imprudences, mais, eu égard à l’activité très intense des clandestins dans cette région, la répression reste fort modérée.
Ce n’est qu’à partir de mars 1944, avec l’entrée en lice de l’équipe Jardin, que les événements leur deviennent favorables. L’annonce de primes conséquentes allèche les forbans, qui déploient une intense activité. La présence à Argentan du général Allard, chef de toute la subdivision, leur parvient et ils mettent tout en œuvre pour l’arrêter. Quelle manne royale en cas de succès !
Le 16 mai, un dispositif policier extraordinaire, plus de six cents hommes de la Feldgendarmerie, de la SS et de la Milice, quadrillent la ville suivant leurs indications. Pendant huit jours, c’est la chasse et les prises s’accumulent ! Les frères Rycroft, chefs de groupe, et leur mère ; Xavier Vimal du Boucher, chef cantonal ; Albert Barrière, chef du 3ème bureau régional ; les docteurs Couinaud et Fillon ; MM. Duguey, Hérault, Moreau, de l’EM ; Chevreuil, à Mortrée, le docteur Le Meunier, Herlemont, chef du secteur de Domfront ; Durrmeyer, chef du secteur de Flers ; Gobry, chef du canton d’Athis, sont tous arrêtés. Mais le général Allard, pris en charge par les groupes voisins, parvient à échapper à la razzia.
Le 5 juin, à Courcerault, les maquisards locaux sont cernés et faits prisonniers : douze hommes sont fusillés !
Le 8 juin, c’est Roussel, chef de section d’Aunou-le-Faucon, qui est abattu avec l’un de ses hommes.
Le 12, une expédition à Trun-Chambois cause la mort de trois francs-tireurs.
Le 13, à Lignières-la-Doucelle, la Gestapo appréhende le chef départemental Daniel Desmeulles.
Le 14, le groupe de Courtomer est décimé.
Le 18, celui de Silly-en-Gouffern subit l’attaque des gestapistes.
Le 20, à Gacé, Lefrançois, chef de secteur, Buffard, chef de canton, sont arrêtés avec la plupart de leurs maquisards. Le même jour, Bove, chef de groupe de Villers-en-Ouche, est capturé, puis le 26, ce sera le tour de Louis Guéné, chef de section à Trun, et de deux de ses garçons qui seront torturés et exécutés.
Enfin, le 28, Etienne Panthou, chef du secteur d’Argentan, est fait prisonnier après une lutte héroïque avec neuf de ses hommes. Il sera torturé d’une façon atroce en présence de sa fille, puis elle-même subira les plus infâmes sévices. Etienne Panthou et ses compagnons sont fusillés le jour même, Simone Panthou est incarcérée puis déportée.
Devant l’importance de la répression nazie, les autres responsables résistants, condamnés à mort par contumace, traqués, pourchassés, se réfugient dans les forêts d’Ecouves et de Monaye. C’est là qu’André Mazeline, Vernimmen et Almire Viel reforment leurs groupes et reconstituent les maquis.
Néanmoins les séides de la Gestapo ont bien travaillé pour leurs maîtres allemands. A la veille du débarquement, les puissantes formations ornaises sont décimées. Toute l’organisation est à rétablir !

La tragédie des Riaux, 28 juin 1944.

La Gestapo a arrêté au début du mois un résistant du nom de Poupard. Pris, ce lâche individu n’attend pas d’être interrogé ; il offre spontanément ses services au sinistre Jardin. On l’envoie contacter un sédentaire de Francheville, ce qui lui est facile puisqu’il connaît la phrase d’introduction : « Les pommiers fleurissent en mai ». Sous un vague prétexte, il se fait indiquer l’endroit où se tient le chef de secteur Etienne Panthou, avec son groupe de réserve. Prévenue, la Gestapo requiert l’appui d’un bataillon SS et, à l’aube du 28, l’investissement du hameau des Riaux s’amorce.
Dans une ferme à l’écart, Etienne Panthou est surpris par l’attaque. Il se retranche dans un grenier et rend coup pour coup. Mais sa fille, Simone est capturée, les SS la tiennent sous leurs mitraillettes et menacent de la tuer. Alors le chef de secteur se rend, avec l’un de ses gardes, Maurice Terrier. On les emmène tous les trois à la carrière de Francheville, et ils sont sauvagement torturés. La Gestapo veut savoir où est le chef départemental, Mazeline, alias Marsouin. Les trois patriotes se taisent, bien que sachant que celui-ci doit revenir à la ferme le soir même. Panthou est martyrisé, défiguré, sanglant, mais il trouve encore la force d’adjurer sa fille que l’on torture devant lui : « Ne leur dis rien, ma petite fille, surtout ne dis rien. » Simone Panthou serre les dents. Elle ne parlera pas.
Voyant qu’ils ne tireront rien de leurs prisonniers, et pressés par le temps, les SS fusillent les deux hommes. La jeune fille est emmenée ; elle sera déportée après bien des épreuves.
Puis la troupe fonce à la ferme Le Brasseur. Huit maquisards sont arrêtés : Georges Toutain, Paul Delfloraine, Joseph Goubin, Jean Laurent, André Piquet, Maurice Philippeau, Bernard Plessis, Marcel Klein. Après avoir subi d’horribles sévices, ils sont abattus un à un et, geste digne des SS, leurs corps sont entassés dans une soue à porcs ! Comme quoi, à l’assassinat, les soldats d’élite du grand Reich ajoutaient souvent la plus abjecte forfaiture.

 

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Témoignage de Jean-Jacques Auduc.

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Carte de résistant de Jean-Jacques Auduc, né le 9 juillet 1931 à Cérans-Foulletourte près du Mans, dans le département de la Sarthe.

Jean-Jacques Auduc est confronté à la guerre dès l’âge de 9 ans. Son père, prisonnier s’est évadé en 1941. Toute sa famille se lance dans la lutte active dès 1943 au sein du réseau « Hercule-Buckmaster » organisé autour d’un officier britannique et d’un radio parachutés. Le 1er juin 1943, Jean-Jacques entre officiellement dans le réseau Hercule en qualité d’agent P1. Il a 11 ans et 11 mois !
Jean-Jacques Auduc reçoit le 13 juin 1945 la Croix de Guerre 1939-1945 avec Étoile de vermeil pour son action du 21 septembre 1943 alors qu’il n’avait que 12 ans. Il est le plus jeune Croix de Guerre de France.

 Je suis rentré dans la résistance à 10 ans.
C’est évidemment parce que mes parents étaient dans la résistance.
On appartenait au réseau Hercule-Sacristain-Buckmaster , c’est un réseau Anglais .
Mon père était agent de liaison en mai 1940 il se trouvait à la frontière belge, il a vu les nazis (il y avait les nazis parce que pour moi il y a les nazis et les Allemands et ça j’insiste).
Il a vu arriver les nazis dans un orphelinat où il y avait une centaine d’enfants ;
Il y avait les ’’bonnes sœurs“ qui s’occupaient des enfants ,les jardiniers , la cuisinière et tout ce qui va avec un orphelinat.
Ils avaient décidé d’établir leur quartier général dans cet orphelinat qui était une très belle maison ancienne, un château.
(c’était la division Das Reich)
Au lieu de les chasser ou de les faire transporter ailleurs, ils ont mis des mitrailleuses de chaque côté du grand portail, ils les ont assassinés de sang froid ,une centaine d’enfants et les bonnes sœurs et tous les gens qui étaient dans cette maison.

Mon père était motocycliste, il était caché, il a vu ce massacre, il a pensé que les Allemands étaient des hommes pas comme les autres, les nazis étaient des hommes pas comme les autres.
C’étaient pas des soldats comme les autres parce que les soldats ne font pas ça et que c’étaient des fous dangereux qui pouvaient en faire autant à ses enfants et il a décidé d’entrer dans un réseau de Résistance le plus tôt possible.

Il a vu les Allemands un peu plus loin et une cinquantaine de tirailleurs sénégalais à genoux dans un pré ; ils les ont massacrés de façon sauvage alors qu’ils étaient prisonniers de guerre non armés.
Tout ça a fait que mon père a décidé de rentrer dans la résistance.

Il a été fait prisonnier et il était motocycliste ; il avait une moto toute neuve.
Il y a un allemand qui lui a fait comprendre que sa moto était « Kaput » et qu’il voulait la sienne.
Il n’avait pas besoin de lui demander puisqu’il était prisonnier de guerre,
il lui suffisait de la prendre ; ça c’est les Allemands.
Mon père a été obligé de lui donner sa moto.
Il est revenu quelque temps après avec un paquet sous le bras et dans ce paquet il y avait des vêtements civils ; ça voulait dire qu’il voulait qu’il s’évade (différence entre les nazis et les Allemands ) ;

Il est rentré dans la Sarthe et il a cherché à entrer dans un réseau.
Il a eu la chance de trouver quelqu’un qui connaissait Hercule, chef du réseau Buckmaster.

Il a formé un groupe qui s’appelait le groupe Fred avec uniquement sa famille qui comprenait ma grand-mère, ma mère, mon père, tous mes oncles et moi qui avait 11 ans.
Vous allez me dire qu’est-ce que l’on peut faire contre l’armée allemande ?
À l’époque si il y avait un rassemblement de plus de 3 adultes, il y avait automatiquement contrôle ; soit de la police française soit de la police allemande, tandis qu’un écolier ça passait partout.

Ma mission principale, la boîte aux lettres du réseau Buckmaster, était au Mans à l’hôtel de la Calandre.
Les courriers du Nord et du Pas de Calais apportaient leurs renseignements et prenaient les ordres.
Dans cet hôtel il y avait un radiateur de chauffage central qui était aménagé pour ça.
Ils mettaient ça dedans, et c’est tout ce qu’ils savaient.
Ça s’est produit malheureusement il y en a qui ont été arrêtés, torturés, mais ils n’ont pas pu dire quoique ce soit ils ne savaient rien, ils ne savaient pas où était le chef de réseau, ni le poste- émetteur ; mon travail était de reprendre ça dans le radiateur et de le porter chez ma grand-mère qui habitait à 25 km du Mans avec mon petit vélo.
Je passais les barrages, je n’ai jamais été inquiété.
Je mettais les messages dans la pompe de mon vélo et un jour j’ai perdu la pompe, ce n’est pas très grave parce que tout était codé.
Après je mettais ça dans le guidon de mon vélo et je faisais attention à mon vélo.
A 10 ans et demi je faisais 25 km aller, 25 km retour, ce qui faisait 50 km.
Des fois on me disait tu repars parce qu’il y avait du boulot ; alors du vélo j’en ai fait.
Ça c’était ma première mission.

Ma deuxième mission : on m’a envoyé là où des adultes ne pouvaient pas aller.
Les Anglais avaient fait des photos aériennes du terrain d’aviation du Mans et s’étaient aperçus qu’il y avait 3 escadrilles de Messerschmitt sur le terrain.
Ça les inquiétait beaucoup et ils ont demandé que l’on essaie de se renseigner, voir ce que c’était ça. C’était pas normal.
Donc c’est moi qu’on a envoyé avec mon cerf-volant, j’ai approché.
C’était gardé par des vieux soldats allemands qui avaient fait la guerre 14-18 et qui n’étaient pas méchants du tout et qui ont joué avec moi avec mon cerf-volant.
Je me suis penché et je me suis aperçu que les avions en question c’étaient des leurres, des avions en bois ; ils n’étaient pas peints en dessous.
Alors j’ai rendu compte et les Anglais, avec l’humour qu’ils avaient à l’époque, ont bombardé le terrain d’aviation du Mans une semaine après avec des bombes en bois !
Ça voulait dire que c’était important pour eux ; ils voulaient faire comprendre aux Allemands qu’ils étaient surveillés, que la Résistance française existait.

Notre groupe était un groupe de famille et lorsque nous recevions des parachutages il n’y avait pas de trop de toute la famille pour enlever les containers.
Moi je faisais le guetteur, je remplaçais un adulte : ça m’est arrivé une nuit, j’ai entendu un bruit sourd, j’ai donné l’alerte et en fait c’était un troupeau de vaches qui fonçait sur les lampes qu’ils avaient allumées.
Mon chef de groupe m’a félicité car j’avais été vigilant et surtout je ne m’étais pas endormi car à 11 ans on dort bien à 3 h du matin !

Mon père était chargé par le groupe Sacristain-Buckmaster de récupérer les aviateurs américains tombés en Sarthe.

Car les Américains avaient fabriqués beaucoup d’avions mais n’avaient pas de personnel à mettre dedans, donc ceux qui tombaient il fallait les récupérer vite fait pour qu’ils repartent le plus tôt possible.
À une époque le réseau était bloqué sur l’Espagne et l’on a été obligé de les garder chez nous pendant 3 mois.
On en avait trois dans une pièce mais au bout d’une semaine on ne pouvait plus les tenir enfermés ; il fallait les sortir.

Ma mère qui avait eu son brevet supérieur en 1930, était secrétaire d’une organisation agricole, et avait accès aux tampons.
Ils avaient tous des faux papiers pour les sortir : ils étaient tous sourds et muets c’était plus facile si ils étaient interrogés.
Un jour, on s’est fait arrêter à la sortie du Mans, j’étais avec un grand gaillard, j’ai eu la peur de ma vie car il y avait trois possibilités :
Si on rentrait dedans ils nous tiraient dessus.
Si il se sauvait c’était pareil.
La troisième, c’était la meilleure solution : il ne fallait pas qu’il bouge, j’ai serré la main très fort.
Il n’a pas bougé, il était blanc comme un linge. J’ai pris ses papiers dans sa poche, je les ai présentés au feldgendarme ; il a vu qu’il était sourd et muet, il a dit “grand malheur « raoust » (foutez le camp ).
Il n’est pas resté très longtemps là et mon grand américain quand il est rentré à la maison il m’a dit   « moi à 3000 m, je veux bien les voir mais pas par terre, je ne sors plus !»

Tout ça s’est terminé quand mes parents ont été arrêtés au bout de 9 mois de fonctionnement du réseau.
Heureusement pour moi j’étais parti en mission chez ma grand-mère et quand je suis arrivé, il y avait une voisine qui m’attendait au bout de la rue.
Elle m’a dit « surtout, tu ne rentres pas, les Allemands ont arrêté tes parents ».
Il est évident que si j’avais vu mes parents torturés, j’aurais parlé et moi sous la torture j’aurai avoué tout ce que je savais.
C’était prévu mais enfin il fallait que je parte sur Paris.
J’ai été d’abord à Chartres chez un colonel d’aviation qui faisait partie du groupe.
J’ai pris le train ; mais à 11 ans, pas de papier, traqué par la Gestapo, pas d’argent, les parents je ne savais pas si je les reverrai un jour, ça fait beaucoup pour un seul homme.
J’ai suivi les consignes, je suis parti. Je suis resté un peu chez le colonel qui n’a pas voulu me garder et m’a envoyé sur Paris.

Quelqu’un devait me prendre en charge mais ce quelqu’un n’est jamais venu car il a été arrêté.
Je me suis retrouvé sur le quai de la gare Montparnasse où je n’avais jamais été, je sortais de ma cambrousse, là j’étais vraiment perdu.
A l’époque, il y avait des porteurs qui prenaient les bagages quand vous sortiez de la gare .
il y en a eu un qui est venu me voir il me dit :
« mon petit bonhomme qu’est-ce qui se passe ? »
« tes parents ne sont pas venus te chercher ? » je dis « non ».
«tu vas me dire où tu dois aller ».
Je ne savais pas où aller, c’était mon problème.
Je lui ai avoué, foutu pour foutu : « je suis recherché, mes parents ont été arrêtés, je suis recherché »
Il me dit :
« bon je vais t’emmener chez moi ». il m’a emmené chez lui,
il s’était marié la veille.
Un monsieur qui ne me connait pas, un monsieur qui savait qu’il pouvait toucher une prime si il me livrait… L’hiver 1943, il faisait très froid.
J’ai dormi avec lui et la mariée a dormi sur la peau de mouton.
Voyez il y a quand même des gens extraordinaires que l’on rencontre dans une vie.
Mais le lendemain il m’a dit ça ne peut plus durer, je voudrais bien coucher avec ma femme.
Il m’a envoyé à une autre adresse et là les Anglais m’ont retrouvé.
Un jour on a entendu à la radio Jean Jacques est bien arrivé chez ses amis marchands de couleur.
ça voulait dire que j’étais encore en vie.
Dans la maison où j’étais, j’ai retrouvé 2 adresses.
J’ai fait tous les métiers à 11 ans sur Paris : j’étais marchand de couleur à Montmartre, j’ai promené des petits chiens chez une dame, il y a des gens qui ne me donnaient rien même pas de pain moi je n’avais pas de ticket c’était mon problème et à Paris les gens crevaient de faim.
Il y avait des gens sympa qui me donnaient des choses, d’autres pas.
Un jour je suis tombé sur la fourrière. Des gens de la fourrière qui m’ont dit : « tu promènes des chiens, des chats, on pourrait te donner une bonne prime » (il ramassait des chiens des chats pour l’unique lion qui restait à Vincennes).
Moi les gens qui n’étaient pas sympa je donnais les chiens et les chats ; fallait que je bouffe, que je vive, c’est pas beau mais j’ai trop été honnête je ramenais la laisse et le collier !
Ce fut cela un moment puis j’ai fait d’autres métiers et j’ai terminé à Montmartre chez les demoiselles de petites vertus qui m’ont sauvé la vie ; je leur dois la vie.
J’étais très triste à la libération quand des résistants de la dernière heure se sont permis de prendre un brassard et leur fusil de chasse et les ont humiliées comme ils l’ont fait.
Au bout de 3 mois, je n’intéressais plus la Gestapo, mes parents étaient déportés, mon père à Buchenwald, ma mère à Ravensbrück ; ils avaient été torturés au Mans.
Ma mère a été vendue au laboratoire Bayer pour 170 marks pour faire des expériences sur les femmes, elle est revenue dans un état sanitaire épouvantable.
Le début de la pénicilline l’a prolongée de quelques mois et elle est morte à 41 ans.
J’ai deux oncles qui ont été euthanasiés à Mauthausen et moi j’ai réussi à passer au travers.
Je suis encore là à 80 ans et c’est pour cela que je témoigne : pour que vous sachiez
qu’il y a les nazis et il y a les Allemands.
Vous avez de la chance de pouvoir apprendre moi je ne l’ai pas eu.
Je n’ai pas fait d’études, j’ai tout perdu dans cette aventure-là.
Il a fallu travailler ; mon père quand il est rentré faisait 36 kg et il fallait que je me mette au boulot.

 

 

Et ce que je voudrais vous dire c’est un message d’espoir :
Ayez confiance dans vos parents, enseignants, éducateurs.

Vous avez la chance de pouvoir apprendre, nous on ne l’a pas eu et surtout :
Ayez confiance en vous même.
Soyez fier de votre pays et de votre drapeau la France.
MERCI

 

Témoignage de Jean-Jacques Auduc. dans CNRD 2011 logoassociationvivelaresistancenew2

TDR à Vive la Résistance 2011

 

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20 janvier, 2009

Semaine spéciale « Hommage aux Républicains espagnols », à Alençon, du 21 au 25 avril 2009.

Classé sous ACTUALITE,RENDEZ VOUS,semaine speciale — vivelaresistance. @ 17:28

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Semaine spéciale
Hommage aux Républicains espagnols
« 70ème Anniversaire de la Retirada »
Alençon 21/25 avril 2009


(Ce programme est susceptible d’être modifié et complété)

 

Mardi 21 avril

 

« 18h00« 

Conférence d’Evelyn Mesquida sur  « La Nueve ». Les Républicains espagnols dans la 2ème D.B.


« 18h45 »


« Inauguration officielle »

Salle : Halle aux Blés, Alençon

 

« 21h00« 

Spectacle théâtral intitulé« Ma guerre en Espagne, ou de l’encre dans les bottes ».

Par Bruno Spiesser et la Compagnie Fébus.

« Entrée : 10 euros« 

(avec représentation pour les scolaires l’après-midi)

SALLE : Scène Nationale d’Alençon

 

 

Mercredi 22 avril (soirée)


Soirée Concert avec le groupe
« El Comunero »


Chants de lutte de la république espagnole


On y retrouve des chants traditionnels, des poèmes mis en chanson par Paco Ibanez, l’émouvante « A las barricadas » ou « l’Estaca » de Lluis Lach mais aussi le poète et guitariste argentin Atahualpa Yupanqui ainsi que des compositions propres.


« Entrée : 10 euros« 

 
Formule repas-concert (dès 19 heures)

 

Des spécialités espagnoles pourront être servies avant et pendant le concert avec l’Association normande « France-Espagne ».


SALLE : Halle aux Toiles d’Alençon

 

Jeudi 23 avril

 

En présence de plusieurs Anciens Républicains et Guérilleros

 

« Après-midi (réservé aux scolaires) »

diffusion du Film documentaire d’Emile Navarro « De la Retirada à la Reconquista ». Rencontre et débat avec l’auteur et les Grands témoins.

 

« Soirée (20h30) »

 

Conférence – débat  avec Henri Farreny « Nouveaux regards sur les Républicains Espagnols » et Progreso Marin « Exilés espagnols, la mémoire à vif ».

 Henri Farreny : Professeur des universités de Toulouse, Directeur de la publication du bulletin d’information de l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols en France (F.F.I.).

 Progreso Marin : Ecrivain, poète, auteur de plusieurs ouvrages sur la Guerre d’Espagne et la mémoire des exilés espagnols.

 « Entrée libre« 

 

SALLE : Halle au Toiles, Alençon

 

Vendredi 24 avril

 

« Après – midi (17h)« 

 

Conférence de Gérard Bourdin et Gabrielle Garcia « Les exilés espagnols en Normandie et Bretagne ».

 « Entrée libre« 


Salle : Halle aux Blés
, Alençon

 

Samedi 25 avril

 

« Après-midi (15h) »


conférence de
Véronique Olivares « Les femmes espagnoles, de la guerre civile à la lutte contre l’occupant nazi en France »

 

« Après-midi (16h)«  

 

« Après-midi (15h/17h)« 


Présentation d’ouvrages et dédicaces avec la présence des Editions Tiresias et de plusieurs auteurs.

« Entrée libre« 


Salle : Halle aux Blés
, Alençon

 

Exposition « Carteles de la Republica »,
mémoire, culture, Histoire

 

Pendant toute la semaine sera présentée, au public et aux scolaires, l’exposition « Carteles » réalisée par l’Association « Mémoire de l’Espagne Républicaine ». Reproduction d’affiches de la République espagnole et de la Guerre d’Espagne.

« Entrée libre« 

 

Salle : Halle au Blé, Alençon

 

( Exposition « salle Halle au blé », et « salle Halle aux Toiles » a « Alençon ». Du 21 au 25 avril )


Exposition « 1930 – 1975, les Républicains espagnols pour témoins »
L’Espagne féodale, du XIX siècle, l’avènement de la république, la guerre civile espagnole et les « rouges » espagnols dans la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui leurs descendants.
Un drame historique, au delà du seul événement espagnol, présenté comme l’histoire commune à nos deux pays et de fait à l’Europe.
Une histoire en 15 panneaux, à découvrir, à s’approprier et surtout à partager.

« Entrée libre« 

 

Du 21 au 25 avril :
Halle au blé / Halle aux Toiles

 

 

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11 juillet, 2008

Hommage à Aimé Teisseire, Compagnon de la Libération et Ancien de la 2ème D.B.

Classé sous HOMMAGE — vivelaresistance. @ 17:25

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Aimé Teisseire au Mesnil-Scelleur (photo prise le 13 août 2004).


Nous publions ci-dessous un extrait des mémoires d’Aimé Teisseire publié en janvier 1994 dans un ouvrage intitulé « Mes Campagnes ». Il concerne la Campagne de Normandie.

« Je commande une section, la 3ème Section de la 10ème Compagnie du Régiment de Marche du Tchad. Au Maroc, j’ai poussé son instruction du mieux possible et je continue en Grande-Bretagne. Elle dispose de cinq half-tracks (véhicules légèrement blindés à roues avant et chenilles arrières).
Elle est composée de volontaires d’origine diverse. Ceux provenant d’Afrique du Nord, où beaucoup étaient nés, avaient fourni un apport important. Le Sergent-chef Le Goff était un de ces jeunes Bretons qui avaient rejoint l’Angleterre en Juin 40 ; il avait ensuite été envoyé en Afrique Équatoriale Française ; le Sergent Leroy, qui me sera affecté en cours de campagne était dans la même situation. Beaucoup venaient des glorieux Corps Francs d’Afrique ; certains s’étaient distingués au cours de la Campagne de Tunisie et il faut saluer leur courage ; le Sergent-chef (Adjudant par la suite) Touati, le Sergent-chef Beck, le soldat Sarmiento (caporal par la suite) avaient été cités pour cette campagne (Il n’est pas impossible que je commette des omissions).
Touati et Beck avaient déjà combattu en France et Beck avait eu une citation à l’ordre de la Division en Juin 1940. Des patriotes, de la Métropole, pour pouvoir participer aux combats; avaient rejoint l’Afrique du Nord en passant par les Pyrénées et après avoir été internés dans les prisons et/ou le camp de concentration franquistes (sauf erreurs ou omissions : les Sergents Lévy, Marchive Aimé, Stam (celui-ci après avoir combattu en France), les soldats Augros (qui deviendra sous-officier), Jaouen, Parker. Après le débarquement, il y aura des apports d’engagés en Métropole qui adoptèrent l’esprit de la section et sa combativité et contribuèrent souvent à ses succès.
Nous embarquons le 30 Juillet 1944 à destination de la France.
La 2ème Division Blindée fait partie de l’Armée Patton qui doit réaliser la percée. Nous ne débarquons que le 4 Août.
Le 12 Août, avant Sées (Orne), la section fait des prisonniers. Un peu après la sortie de Sées, notre canon de 57 – chef de pièce : Sergent Marchive Aimé – tire sur des résistances ennemies situées au nord de la route D908 (Sées – La Ferrière Béchet – Carrouges).
A partir du carrefour de la D908 (N808 suivant d’autres cartes), et de la D26, la section fait partie du dispositif de tête qui attaque en forêt d’Écouves du Nord au Sud. Le détachement est sous les ordres du Chef de Bataillon Putz. Il devra faire jonction avec des éléments de la Division venant du Sud. La 9ème Panzer Allemande est dans la forêt.
Nos half-tracks sont intercalés avec les chars moyens du Lieutenant de la Bourdonnaye (section de la 2ème Cie. du 501ème Régiment de Chars de Combat). Je suis dans le premier half-track, derrière le char de tête.
Une reconnaissance ennemie se heurte à nous.
Je ne me rappelais plus le nombre exact de véhicules ; il y avait un genre de « command-car », une autre voiture légère peut-être. Ils sont capturés ; des prisonniers, dont des officiers, sont faits.
Je renouvelle mon offre de reconnaître à pied les tournants dangereux, mais les chars préfèrent aller vite.
Peu avant le carrefour « La Croix de Médavy », le char de tête est détruit par un char lourd allemand qui est aux aguets, en position à ce carrefour.
Bonhomme, le chauffeur de l’half-track de tête, effectue la marche arrière la plus rapide de sa carrière afin de mettre son H.T. à l’abri dans la forêt. La section met pied à terre. Je laisse mon adjoint, le Sergent-chef Touati, rassembler rapidement la section et je vais reconnaître avec deux ou trois hommes. A un moment, je suis coupé d’eux par le tir venant de nos chars.
Notre Commandant de Compagnie, le Capitaine Sarazac est venu prendre des nouvelles et Touati lui a rendu compte de la situation. Je reviens chercher ma section qui a commencé à avancer. Augros a pris le commandement du groupe du Sergent-chef Girma qui a été blessé.
La section progresse jusqu’au carrefour.
Face à celui-ci, à droite de la route D 26, elle se met en place pour l’assaut, le plus discrètement possible. Un fossé existe près du carrefour et protège les éléments les plus avancés de la section. Les chars allemands se sont légèrement repliés vers le Sud, sur la route D 26 allant vers Alençon, mais il reste encore au carrefour divers véhicules. Tir au lance-roquettes; jets de grenades. Après les explosions, nous nous élançons et atteignons l’autre côté du carrefour.
La section est bientôt rejointe par d’autres éléments à pied.
Des actions dans la forêt ont lieu, souvent par de petits groupes de combat. Je vais un peu vers le Nord, puis revient vers le Sud.
Sous la pression de nos unités, l’infanterie allemande s’est séparée de ses chars. Je vais en reconnaissance vers ceux-ci, étant à gauche de la route allant à Alençon. Je m’approche à quelques mètres de l’un d’eux, celui qui est le plus rapproché du carrefour, utilisant tous les accidents de terrain. Je n’ai pas de grenades antichars ni des cocktails « Molotov ». Dépité, je tire au pistolet-mitrailleur dans les fentes de visée. Énervé par le moustique que je suis, le char tire d’une manière désordonnée et recule un peu. Je reviens vers ma section. Je récupère le Sergent-chef Legoff, chef de l’un de mes groupes, armé d’un lance-roquettes, accompagné du soldat Borinov (de son vrai nom Roux Pierre) qui porte des roquettes, alors qu’il cherche aussi à s’approcher des chars. Laissant le gros de la section presser les fantassins adverses, nous approchons du char ennemi.
Tirs de Legoff, tandis que je sers de chargeur.
Incident technique entre les tirs, vite réparé (mauvais contact). Au premier tir, la roquette passe trop haut; erreur de hausse. Au deuxième, à la base de la tourelle, la roquette ricoche. Au troisième, la région du moteur étant visé, le char est mis hors de combat.
Le Lieutenant Carage, chef de la 2ème section de la compagnie, arrive avec ses hommes et peut-être des éléments de la C.A.3, de l’autre côté de la route.
Le Lieutenant Silvy, avec la 1ère Section, arrive de notre côté. Il me demande de le laisser passer en tête et de lui « prêter » Legoff avec son lance-roquettes. J’accepte. Accompagné de Borinov et de Quille, agissant suivant son initiative, Legoff attaque un autre char lourd, le rendant inutilisable en détériorant son train de roulement. Il sera blessé peu après.
Après la destruction du premier char ennemi, j’avais fait dire à nos propres chars qu’ils pouvaient avancer jusqu’à celui-ci, en leur recommandant de ne pas le dépasser. Nos chars préféreront continuer et un deuxième char du 501e sera mis « en flammes » par un char allemand.
Le Lieutenant Silvy sera lui aussi blessé.
Ma section reprend alors la tête de tout le dispositif dans la progression. La nuit tombée et suivant les ordre reçus, elle reste en protection avancée.
Elle repart le lendemain matin de bonne heure vers les spahis qui remontent du Sud (Groupement Roumianzoff).
L’ennemi semble désemparé.
De nombreux prisonniers sont encore faits. des chars, sabotés, ont été abandonnés par l’adversaire.
La liaison est un moment délicat, mais tout ce passe bien. Étant dans le fossé près de la route, nous entendons les bruits de moteur et voyons apparaître les spahis; nous agitons nos mouchoirs; pas de bavures. Très peu de temps ensuite, la section de reconnaissance du Bataillon arrive.
Alors que le gros de la 10ème Compagnie est dirigé vers Argentan, ma section est envoyée à Boucé.
Le lendemain 14 Août, près d’Avoine, nous essuyons, dans une plaine, un feu nourri de l’ennemi. Avec d’autres éléments, nous le mettons en fuite, mais nous avons eu le premier mort de la section, le soldat Amsellem, un père de famille, engagé volontaire.
A Boucé, un groupe de la section est en protection à une sortie de village; le commandement nous a fait reconnaître qu’il ne peut, par cette route, arriver que des ennemis.
Un véhicule arrive.
Bref engagement; l’adversaire est mis en fuite et nous récupérons… une Jeep de la Division. C’était un petit groupe, commandé par un aspirant artilleur qui s’était trompé d’itinéraire ou qui avait été mal informé.
Heureusement, pas de blessés par les coups de feu réciproques. Les artilleurs arriveront à rejoindre leur unité; notre section utilisa la Jeep quelque temps…
De Boucé, de profondes reconnaissances sont effectuées.
Le 17 Août, nous retrouvons la compagnie à Joue du Plain, puis le soir même ma section est envoyée dans la région d’Écouché en renfort de la 9ème Compagnie. Pour éviter l’encerclement, de nombreuses colonnes ennemies se heurtent à nos unités.
Des Britanniques font liaison avec nous.
Nous rejoignons le gros de notre compagnie. De nombreux véhicules de la Wehrmacht ont été détruits ou capturés; nous en ramenons plusieurs, y compris un véhicule blindé de transport de troupes, correspondant à nos half-tracks, en état de marche.
Je suis adjudant-chef depuis le 1er Janvier 1944, après avoir été nommé adjudant à titre exceptionnel pour compter du 15 Février 1942. Après la Campagne de Normandie, je suis proposé à titre exceptionnel pour le grade de sous-lieutenant; la nomination à ce grade aura lieu pour compter du 25 Septembre 1944, par décret du 23 Décembre 1944.
Le Capitaine Sarazac m’a proposé dans ces termes :
« L’Adjudant-chef Teisseire, chef de section commandant la 3ème Section de la 10ème Cie. depuis le mois de Décembre 1943, s’est tout de suite imposé par ses qualités de chef. A fait de sa section une unité parfaitement instruite, homogène, prête physiquement et moralement au combat. Depuis le début des opérations, a obtenu une série de brillants succès. A la Croix de Médavy, a entraîné sa section à l’assaut du carrefour puis s’est élancé à la poursuite des chars allemands. Avec quelques hommes, a attaqué et détruit un char lourd.
Plusieurs fois proposé pour le gradé de sous-lieutenant avant les opérations l’adjudant-chef Teisseire a amplement prouvé qu’il est apte à devenir un excellent officier ». »

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