Vive la Résistance.

30 janvier, 2010

Témoignage de Geoffroy Chodron de Courcel, premier « compagnon » du général de Gaulle.

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Londres, 20 juin 1940. Le général de Gaulle et son officier d’ordonnance le lieutenant Geoffroy Chodron de Courcel devant Saint Stephen’s House.

 

Mon témoignage sur le 18 juin 1940…
Si je m’en tiens aux faits, le récit en est très court, bien qu’ils aient eu pour moi une signification très profonde.
Le général de Gaulle était arrivé à Londres vers midi, le 17 juin, je l’accompagnais, le général Spears également.
A peine débarqués le général de Gaulle souhaita voir Churchill. Le général Spears le conduisit à Downing Street où « le Premier ministre mit la BBC à sa disposition ».
La journée du 18 m’apparut comme une journée d’attente qui contrastait singulièrement avec les douze jours intenses vécus auprès de lui depuis qu’il avait été nommé le 6 juin sous-secrétaire d’Etat à la guerre dans le Cabinet Reynaud.
Il se concentra pour la plus grande partie de la journée sur la préparation de son appel dans le petit appartement que nous occupions depuis la veille à Seamore Place. Je l’accompagnais à un déjeuner qu’il eu avec M. Duff Cooper, ministre chargé de l’information dans le gouvernement Churchill ; le général Spears y participait aussi. C’est le seul contact que le général de Gaulle eut avec un membre du gouvernement britannique et sans doute il exposa le thème général de son discours à M. Duff Cooper ; celui-ci avait les instructions de Churchill de l’autoriser à parler, contraires à l’opinion de son gouvernement, ce que de Gaulle n’apprit qu’après coup.
Plusieurs fois dans l’après-midi il interrompit son travail pour s’entretenir avec moi, se faisant traduire les journaux et commentant les nouvelles. Il fumait sans arrêt…Déjà, il exposait sa vision de l’avenir avec cette maîtrise qui devait me devenir peu à peu familière.
De Gaulle me demanda de trouver une secrétaire. Je connaissais Elisabeth de Miribel et lui téléphonais ; elle servait dans une mission comme documentaliste et ne tapait que d’un doigt. Je lui dictai la rédaction du général qui était très raturée, comme j’en faisais pour la première fois l’expérience.
Après l’attente, ce fut l’événement décisif. Le soir à six heures, le général de Gaulle lançait sur les ondes de la BBC son premier appel. Assis dans un salon contigu au studio où il parlait, je l’écoutais, la gorge serrée, en compagnie du général Spears et du directeur de la BBC.
En sortant du building de la BBC, qu’il quitta assez vite, étant assez ému, il m’emmena dîner en face, au Langham Hôtel, dont la sale à manger était encore vide. Il devait être aux environs de 19 heures. Durant le dîner, il déclara que l’intervention des Etats-Unis et de l’URSS était, à ses yeux, inéluctable. Je fus frappé par sa déclaration en ce qui concernait l’URSS. Nous rentrâmes à Seamore Place. La première page de l’histoire de la France Libre venait d’être écrite.
Le lendemain matin, des volontaires se présentaient. Je ne prétends pas tous les citer. Je me souviens que le premier était chauffeur, conduisant une Hispano-Suiza chez un industriel anglais ; quelques autres également modestes, demandaient comme lui à s’engager, je prenais leurs noms et leurs adresses pour pouvoir les convoquer dès que nous aurions un centre de recrutement, qui devait être ouvert quelques jours après l’Olympia.
Parmi les notables, peu nombreux, je me souviens de Denis Saurat, directeur de l’Institut français, et de Bellanger, directeur chez Cartier, qui se mit avec sa voiture personnelle à la disposition du général et devait nous conduire à travers Londres pendant plusieurs jours. Je revois encore Pierre Bourdan, journaliste chez Havas qui vint aussi ce matin-là. Des militaires arrivés de France demandaient à reprendre aussitôt du service : le premier d’entre eux fut Claude de Boislambert, qui commandait un détachement de liaison dans une division britannique et qui avait fait la liaison sur la Somme avec la division de Gaulle.
Deux aspirants, également officiers de liaison auprès de l’armée britannique,se présentaient en fin de matinée. Je devais justement accompagner le général de Gaulle pour déjeuner chez le général Lelong, attaché militaire, et je confiais à ces deux nouveaux arrivés le soin de garder la porte et de prendre les noms de ceux qui arriveraient en notre absence.
A mon retour, le plus ancien des deux me prit à part et me dit : « Je ne sais pas si vous avez eu raison de me confier cette mission sans connaître mon identité. Je suis Georges Boris et j’ai été un des plus proches collaborateurs de Léon Blum. Ma présence ici pourrait effrayer certains de vos volontaires. » Je ris de cette coïncidence et ce fut le début d’une amitié à laquelle j’ai attaché jusqu’à sa mort beaucoup de prix.
Ainsi apparaissait l’image de la France Libre : le conducteur d’Hispano-Suiza, Denis Saurat, Bellanger, Pierre Bourdan, Boislambert, Georges Boris, des hommes de toutes les origines, mais qui étaient unis par la même résolution : celle de ne pas s’incliner devant la défaite.

Geoffroy Chodron de Courcel

 

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6 décembre, 2009

Le groupe Rochambeau par Madame Rosette Peschaud.

Classé sous HISTOIRE,HOMMAGE,TEMOIGNAGE — vivelaresistance. @ 20:22

Nous publions ci-dessous un article dans lequel Madame Rosette Peschaud, ancienne « Rochambelle » de la Division Leclerc, évoque l’histoire de cette unité féminine qui a suivi la 2ème D.B. durant toute la Campagne de France et d’Allemagne. 

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Le 25 août 2008, M. Bertrand Delanoé, maire de Paris, salue Rosette Peschaud, ancienne « Rochambelle », et Serge Borochovitch, président d’honneur de « Vive la Résistance ».

 

Le groupe Rochambeau 

 

« Il nous est impossible d’imaginer quel aurait été notre destin si, en 1943/1944, nous ne nous étions pas engagées dans la 2ème D.B.  Le groupe Rochambeau fut fondé en 1943 à New York par une américaine, le commandant Florence Conrad, grâce à des dons qu’elle sollicitait, elle put acquérir 19 ambulances, elle se choisit une adjointe, le Lieutenant Suzanne Torrès, qui deviendra plus tard madame Massu, recruta sur place 12 Françaises, embarqua femmes et véhicules sur le «Pasteur » et se retrouva à Rabat. Elle réussit à faire admettre le groupe dans la 2ème D.B. en formation. Le général Leclerc fut plus séduit par le matériel que par le personnel féminin et il avertit qu’il n’admettait celui-ci que « jusqu’à Paris ». Le Lieutenant Suzanne Torrès possède une personnalité hors du commun. C’est une parfaite organisatrice et elle entreprend de compléter l’effectif en sélectionnant 24 jeunes femmes au Maroc. Alors a commencé l’instruction des recrues, rapidement baptisées « Rochambelles » par les soldats. Nous servions sous les ordres d’un adjudant du Bataillon médical. Avait-il reçu mission de nous décourager ? … Toujours est-il que nous avons été traitées durement et c’est aux encouragements de Suzanne Torrès que nous devons d’avoir été intégrées et admises par les soldats de la Division Leclerc. Nous avons surmonté ce premier obstacle. 

Intégration qui fut surtout effective après le débarquement en Normandie à Utah Beach où le général Leclerc et ses hommes purent constater, non sans surprise, qu’une femme était susceptible de manifester un courage égal à celui des hommes. Nous suivions les régiments au combat et, dès qu’un blessé était signalé, nous avions à doubler les colonnes blindées composées de chars, half track, camions, etc. parfois, jusqu’au char de tête, accompagnées d’une jeep sur laquelle se trouvaient un médecin et un infirmier qui, avec notre assistance, donnaient immédiatement les premiers soins : transfusion de plasma, garrot, pansement… Une fois ces blessés chargés dans l’ambulance, nous les conduisions à l’hôpital de « triage et de traitement », toujours dans un rayon de 30 km où les chirurgiens de la 2ème D.B. et les infirmières, soit les soignaient s’ils étaient légèrement atteints, soit les évacuaient vers les performantes antennes chirurgicales américaines auxquelles nos blessés faisaient toute confiance. Nous devions alors retourner aux lieux du combat pour d’autres évacuations souvent sous des barrages d’artillerie. 

La présence des femmes se justifiait-elle dans une division blindée ? Des hommes auraient sans doute aussi bien évacué les blessés, mais l’accueil affectueux que les jeunes femmes que nous étions leur réservions, faisait que dès les portes de l’ambulance refermées sur eux, ils se sentaient en sécurité. Ils savaient que rien ne nous arrêterait sur la voie de leur salut. C’était non seulement notre devoir, c’était notre volonté profonde. Le blessé devenait notre enfant qu’il fallait sauver à tout prix. Nous avons été immédiatement récompensées de notre dévouement par l’affectueuse, la respectueuse considération des hommes. 

A Paris, le général nous a réunies à Bagatelle, où nous avions notre cantonnement au bord de l’étang aux nénuphars, pour nous dire qu’eu égard à notre conduite « il nous gardait » et nous avons eu le privilège de partager les dangers de la 2ème D.B., mais aussi ses chagrins, ses victoires, ses joies, et d’être incluses dans la fraternité, la cohésion qui est la caractéristique de notre association, à laquelle nous continuons toutes d’apporter présence aux manifestations et prestations pour les tâches quotidiennes. Nous ne sommes pas sorties intactes de la 2ème D.B., nous y avons acquis maîtrise de nous-mêmes, dévouement spontané devant la souffrance, ouverture aux autres, Foi dans la destinée de notre pays. Le nom « groupe Rochambeau » a été donné au service Médical du 501ème et du 503ème Régiment de Char de Combat et Hôpital Rochambeau aux locaux de l’infirmerie. 

C’est un grand honneur, Florence Conrad, Suzanne Massu et les cinq Rochambelles qui ont laissé la vie à la 2ème D.B. auraient apprécié de voir se poursuivre leur mémoire et celle de leurs compagnes dans un régiment décoré de la Croix de la Libération et où nous avons servi. » 

Rosette Peschaud 

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14 juillet, 2009

Hommage à Maurice Mallet et Jacques Hochin.

Classé sous ACTUALITE,CEREMONIE,HISTOIRE — vivelaresistance. @ 16:17

Maurice MALLET

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Maurice Mallet, né à Saint Denis sur Sarthon en 1923.
Sergent des Forces Françaises de l’Intérieur de l’Orne, Croix de guerre, Médaille de la Résistance.

 

Dès le 29 Mai 1940 il n’accepte pas que la France soit vaincue sans se battre jusqu’au bout. Il veut rejoindre l’Armée de l’Air et pour cela, il imite la signature de sa mère sur son acte d’engagement car il a seulement dix sept ans.Les autorités militaires le refusent, le trouvant trop jeune.En 1941, Il part pour Istres et devient Aspirant de l’Armée de l’Air.
En 1942, les Allemands envahissent la zone Sud. Il tente alors de rejoindre l’Afrique avec l’espoir d’aller en Angleterre pour se rallier au Général de Gaulle mais les circonstances ne le lui permettent pas. Il revient à Saint-Denis et devient le responsable du Groupe VII de la
Résistance d’Alençon.
Le Bureau de Londres le compte dans ses effectifs à partir du 1er Décembre 1942.

Jacques HOCHIN

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Jacques Hochin, né à Fresnay sur Sarthe en 1921.
Soldat des Forces Françaises de l’Intérieur de l’Orne, Croix de guerre, Médaille de la Résistance.

 

En 1941, Il est convoqué au Mans par le Service du Travail Obligatoire et part pour cette ville. Il poste une lettre à sa mère lui confirmant sa volonté de se rendre en Allemagne ce qui la protège en cas de représailles.
Cette stratégie lui permet de se cacher à Saint-Denis-sur-Sarthon.
C’est là qu’il est entré en contact avec André Mallet du Groupe VII.

Bref rappel historique :

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, des mouvements de
résistance contre l’occupation allemande se sont organisés
dans le département de l’Orne. Parmi eux, le Groupe VII de
Saint-Denis-sur-Sarthon, rattaché à l’Armée Secrète d’Alençon
avait été constitué par :

André et Maurice Mallet,
Jacques Hochin,
Bernard Dufrou
Pierre Dambry
Bernard Fresnay
Raymond Justice
André et René Sylvestre
Roger Piard

Ces jeunes hommes refusaient l’occupation nazie et étaient
des réfractaires du Service du Travail Obligatoire.
Le groupe VII participait aux actions du Plan « Tortue » (aide
apportée par la Résistance française aux Alliés au moment de la Libération).
Afin d’être plus en sécurité, ils s’étaient repliés dans une maison isolée formant ainsi le Maquis de Courtemiche et préparaient leurs actions de harcèlement contre l’ennemi (abattage d’arbres pour provoquer des barrages routiers, coupures de réseaux téléphoniques, etc.). Ils stockaient les armes récupérées lors des parachutages des Alliés dans des caches naturelles qu’offrait la forêt, et se tenaient prêts pour participer à la libération de la région. Il y avait avec eux, Samba Konaté et Jean Azéma, deux soldats français africains qui avaient été faits prisonniers par les nazis et laissés sur le territoire français.
Mais, depuis le Débarquement des Alliés en Normandie le 6 Juin 1944, de véritables opérations de ratissage étaient systématiquement lancées par les Allemands contre les petits maquis qui s’étaient constitués dans le département de l’Orne.
Le 24 Juillet 1944, au matin, M. Bouilhac, Chef de la Résistance d’Alençon est arrêté à son domicile par la Gestapo.
Accompagné d’un officier allemand et de deux autres français endimanchés, Bernard Jardin, chef de la Gestapo française de l’Orne, conduit l’expédition. Tous se rendent dans l’après midi à Saint-Denis-sur-Sarthon.
Maurice Mallet est arrêté brutalement chez sa mère. Il est conduit jusqu’au maquis où Jacques Hochin monte la garde près d’un Fusil Mitrailleur. Sous la contrainte, les deux jeunes résistants doivent montrer où sont cachées les autres armes et les transporter jusqu’à la Traction Citroën laissée dans la cour du moulin de la Sourdière, un peu plus bas. Pour finir la Gestapo tente de détruire la maison par le feu.
Bernard Dufrou, arrivé sur les lieux entretemps pour prévenir de l’arrestation de Maurice, est lui aussi fait prisonnier.
Le triste cortège redescend vers le moulin de la Sourdière. Les trois jeunes gens sont mis en posture d’exécution dans la cour. L’officier nazi délègue la sinistre besogne et va s’amuser avec le petit chien du moulin. Sous la menace des mitraillettes des trois Français Gestapistes, les jeunes résistants, à genoux, demandent à réciter leur prière. Jardin ordonne brutalement qu’ils se relèvent. Les cris fusent : «Vive la France» avant que Bernard Jardin n’abatte Maurice puis Jacques d’une rafale dans la nuque. Profitant du moment où Jardin rechargeait son arme et du manque de réaction des deux autres, Bernard Dufrou s’enfuit, réussit à se protéger en passant derrière la voiture ; on tire sur lui mais il parvient à aller dans le bois grâce à la pénombre qui s’installe et à rester caché malgré ses graves blessures.
C’est grâce à son témoignage que l’on connait les circonstances de la mort héroïque des deux jeunes garçons.

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1 mai, 2009

Biographie de Serge Ravanel.

Classé sous HOMMAGE — vivelaresistance. @ 20:17

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Le colonel F.F.I. Serge Ravanel, au micro, après la libération de Toulouse.

 

Serge Asher est né le 12 mai 1920 à Paris. Sa mère, d’origine tchèque, réfugiée à Paris en 1919, était commissionnaire en haute couture et son beau-père agent en Afrique noire d’une grande société commerciale. Très jeune, Serge Ravanel est marqué par l’expérience personnelle de sa mère, qui avait participé au mouvement d’indépendance en Tchécoslovaquie, avant de décider de s’installer en France, pays qui « incarnait, à ses yeux, la Liberté, la Révolution de 1789, la République, les Droits de l’Homme ». Serge Ravanel prend très tôt conscience des menaces qui planaient sur l’Europe puisqu’en septembre 1937, il séjourne à Vienne chez des amis juifs autrichiens qui lui font part de leurs craintes envers le régime nazi ; ces amis durent d’ailleurs se réfugier en France en 1938, après l’annexion de l’Autriche, et firent partie des 1017 déportés juifs embarqués à Drancy le 6 septembre 1942 en direction d’Auschwitz, où ils trouvèrent la mort.
En raison des voyages qu’il effectuait à cette époque en Europe centrale, Serge Ravanel a ainsi compris la réalité et la gravité de la situation : « J’en savais beaucoup plus que mes camarades sur la situation à l’étranger. Je n’ignorais pas qui était Hitler. J’avais vu la morgue des policiers allemands qui circulaient dans les trains. La peur qu’ils inspiraient était visible. Les voyageurs jetaient des regards furtifs d’animaux pris au piège. Je découvris que la peur avait une odeur ».

Après des études secondaires au lycée Louis-le-Grand, il entre en septembre 1939 à l’Ecole Polytechnique. Affecté le 1er avril 1940 à l’Ecole d’officiers d’artillerie de Fontainebleau, il est envoyé, au lendemain de l’Armistice, dans un chantier de jeunesse en Savoie. En novembre 1940, les autorités militaires lui donnent l’ordre de rejoindre l’École Polytechnique, repliée à Lyon dans l’enceinte de l’École de santé militaire.  Il fait alors partie de ces nombreux Français qui accordent au départ leur confiance au maréchal Pétain pour redresser la France. Mais cela ne dure pas longtemps. Depuis l’armistice il éprouve des sentiments anti-allemands, beaucoup plus, dit-il, « par besoin de lutter que par antifascisme raisonné ».

En avril 1941, il prend contact avec le général Cochet qui l’inscrit dans son mouvement de Résistance. Ce groupe se bornait à étudier la situation militaire, cherchant à y trouver les raisons de ne pas perdre l’espoir en la victoire. Il rejoint ensuite le groupe des journalistes de la revue Temps Nouveaux qui vient d’être interdite par le Gouvernement et est animé par Stanislas Fumet. Serge Ravanel commence ainsi l’action secrète, prenant un pseudonyme et organisant des groupes de diffusion de presse clandestine, diffusant plusieurs centaines d’exemplaires de journaux chaque semaine dans Lyon et sa banlieue.

De plus en plus engagé, Serge Ravanel faillit adhérer au printemps 1942 au mouvement de Résistance d’obédience gaulliste Combat, qui s’étendait dans toute la zone Sud, car toutes les petites formations qui existaient cherchaient à se fédérer pour coordonner leur action ; mais les aléas de l’action clandestine ne permirent pas la mise en place de cette coopération ; par contre, au mois de juin, il rencontre un dirigeant du mouvement de Résistance Libération-Sud, qui l’embauche pour travailler au secrétariat de l’organisation. Il est alors chargé de porter des courriers, de prendre certains contacts et éventuellement d’assurer des missions de protection. En septembre ; il devient un « permanent » du mouvement, attaché au Comité directeur.

En novembre 1942, Serge Ravanel part pour Marseille, afin d’étudier avec les responsables locaux la mise en place de groupes de sabotage ; or, à la place du correspondant avec lequel il avait rendez-vous, il tombe sur un policier, qui l’arrête immédiatement ; conduit à « l’Évêché » – l’Hôtel de Police de Marseille – Serge Ravanel s’attendait évidemment au pire ; mais il réalise très vite que certains de ces policiers étaient des résistants et qu’ils étaient prêts à faciliter son évasion. Il ne manqua pas de s’évader dès le lendemain de son arrestation. Serge Ravanel parvient alors à rejoindre Lyon.

Le 15 mars 1943, de retour d’une mission à Chambéry, Serge Ravanel est arrêté, ainsi qu’une vingtaine de résistants lyonnais, parmi lesquels Maurice Kriegel et Raymond Aubrac. Après avoir été interrogés, les prisonniers sont incarcérés à la prison Saint-Paul sous l’autorité de l’administration pénitentiaire française. À la suite de cet événement, la direction du mouvement Libération décide d’organiser l’évasion de quelques-uns des prisonniers. Un commando de résistants procède à leur enlèvement, le 24 mai 1943, après qu’ils eurent réussi à se faire transférer à l’hôpital de l’Antiquaille pour cause de maladies simulées.

L’hiver 1942-1943 avait vu fusionner les trois mouvements de Résistance Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur sous le nom de MUR (Mouvements unis de Résistance). Le 12 juin 1943, Serge Ravanel se voit confier les fonctions de chef national des Groupes Francs (GF) par la direction des MUR, avec un adjoint issu de Franc-Tireur et un autre de Combat. C’est à ce moment qu’il prend le pseudonyme de « Ravanel » en souvenir d’un alpiniste de Chamonix. Ils se répartissent les six régions de la zone Sud de la France. Après la nomination de dirigeants nationaux et départementaux, l’objectif principal des GF est de passer à l’action militaire de façon coordonnée, en attendant le débarquement des forces alliées.

Après l’arrestation de Jean Moulin par la Gestapo, le 21 juin 1943, on lui demande de tenter de le libérer. Malheureusement le service de renseignement manque d’informations fiables et il faut un certain temps pour préparer une telle opération. Entre-temps, l’identité de Jean Moulin est découverte par Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, qui le fait transférer à Paris. Les groupes francs des MUR ne peuvent rien tenter.
Arrêté une troisième fois, le 19 octobre 1943, par la police militaire allemande, lors d’une réunion près de Meximieux dans l’Ain, Serge Ravanel s’échappe en sautant par une fenêtre puis, poursuivi, en plongeant dans l’Ain de nuit.
L’organisation des Groupes Francs a inscrit à son actif un nombre élevé d’opérations importantes, comme la libération de Raymond Aubrac, le 21 octobre 1943, après l’attaque en pleine ville de Lyon de la fourgonnette de la Gestapo qui le transportait ou encore la destruction du dépôt de munitions allemand de Grenoble le 13 novembre 1943.

En mars-avril 1944, les dirigeants du Mouvement de Libération Nationale (MLN) se réunissent à Paris, rue des Beaux-Arts, ainsi que le dirigeant de l’Armée Secrète (AS), Malleret, le chef national des maquis, Georges Rebattet, le responsable de l’Action Ouvrière Kriegel, et le chef des GF, Serge Ravanel ; il s’agit de mettre au point le rapprochement avec l’AS, avec la création des CFL, les Corps Francs de la Libération. Serge Ravanel est alors désigné comme responsable du bureau Action (3ème bureau) de l’état-major national des CFL.

Ce sont ses fonctions nationales qui justifient sa venue à Toulouse au début d’avril 1944. Il doit y installer le responsable régional CFL en R4. Mais il n’obtient pas de consensus, aucune personnalité locale ne suscitant l’unanimité. Il est alors amené à occuper personnellement le poste prévu, d’abord à titre provisoire, ensuite de façon officielle et permanente. Dans ce nouveau contexte il est nommé par le général Koenig, le 6 juin 1944, chef régional de l’ensemble des forces militaires régionales de la Résistance qui sont désormais réunies sous le nom de « Forces françaises de l’Intérieur ». Les FFI possèdent un effectif d’environ 50 000 hommes et Serge Ravanel est nommé au grade de colonel FFI. Dans cette nouvelle responsabilité, il développe l’organisation des FFI dans toute la région et en impulse l’unité ainsi que l’aptitude au combat. C’est une action délicate qui se heurte à différentes susceptibilités et oppositions, mais que Serge Ravanel mène à bien.  Il noue des liens avec les différentes formations locales, comme les « groupes Vény » du colonel Vincent dans le Lot, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et le Lot-et-Garonne, le bataillon gersois de l’Armagnac de Claude Parisot, le Corps Franc de la Montagne Noire, le Corps Franc Pommiès (CFP) et les FTP communistes ; Serge Ravanel réussit à monter cette difficile unification des organisations aux objectifs communs, mais à la composition sociologique et politique différente.

De concert avec Jean Cassou, commissaire de la République, il anime et coordonne avec une grande efficacité les combats de la libération de la région (dénommée du nom de code de R4), du 17 au 24 août 1944, au cours desquels sont faits 13 000 prisonniers et capturés 300 000 tonnes de matériel ainsi que plusieurs avions.

A l’approche de la Libération, Serge Ravanel prépare l’insurrection populaire libératrice, qui est prévue dans le programme du CNR. A la fin mai ou au début juin, il reçoit prés de Toulouse, « dans un village proche de Revel », deux dirigeants de la Résistance intérieure, Pascal Copeau et Marcel Degliame, accompagnés de Maurice Bourgès-Maunoury, le délégué militaire national de la zone Sud. Ils arbitrent en sa faveur un litige existant avec le DMR. Mais la Libération ne se passe pas comme prévu. Il faut improviser et s’adapter aux fluctuations de la conjoncture. Serge Ravanel multiplie les circulaires. Il fait converger sur Toulouse des renforts FFI pour éviter le pire. Ce qui est obtenu. Une aviation FFI est créée, des unités sont envoyées combattre l’ennemi dans le Morvan et à la Pointe de Grave, une école de formation militaire et civique est mise en place à Lespinet… Mais le 20 septembre 1944, un grave accident de moto survenu à Paris, dans des conditions mal élucidées, l’oblige à abandonner son commandement régional au profit de Jean-Pierre Vernant («  Berthier  »).
Le 18 janvier 1946, Serge Ravanel est décoré de l’Ordre de la Libération.

Sa convalescence achevée, Serge Ravanel reprend du service dans l’armée. Il est déçu par l’amalgame. C’est « l’armée de Vichy » qui tire les ficelles. « On n’y aimait pas beaucoup les officiers issus de la Résistance, écrit-il, surtout lorsqu’ils portaient des grades élevés acquis dans les combats ». Chef de bataillon à la fin de la guerre, il est ensuite diplômé d’Etat-major.
Serge Ravanel démissionne de l’armée en 1949.

A partir de là, il se fixe pour règle de faire non pas carrière au sens classique du terme mais de satisfaire son immense curiosité pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Il s’intéresse aux techniques les plus diverses. Il est l’un des créateurs de la télévision grand public dans les années cinquante. Il crée l’informatique dans les Ponts et Chaussées à une époque où on effectuait encore les mesures par des moyens mécaniques. Il s’intéresse au traitement des eaux usées et découvre – ce qui est devenu une évidence mais ne l’était pas à l’époque – que les bactéries utilisées avaient besoin d’une alimentation équilibrée pour se développer. Il aide le professeur Henri Laborit, grand découvreur en biologie, à mettre en application sous forme de médicaments certaines de ses découvertes assurant ainsi la vie de son laboratoire qui ne percevait aucune subvention.

En 1981, il est donc parmi les personnes qui comprenaient le mieux le rôle important que devaient jouer la recherche et la technologie dans le monde moderne. L’intérêt national était de tout faire pour les impulser et les développer. C’est la raison pour laquelle Jean-Pierre Chevènement le prend dans son cabinet lorsqu’il devient ministre de la Recherche et de la Technologie puis ministre de la Recherche et de l’Industrie. Il demeure au ministère jusqu’à son départ à la retraite en 1985. Il s’établit alors comme consultant, spécialiste de la mise en place et de la conduite d’actions de groupe : actions industrielles, de recherche, de marketing ou commerciales. Vivant dans la présent et toujours tourné vers l’avenir, il considère que la Résistance appartient désormais à l’histoire et ne s’en occupe plus.

Pourtant avec le temps il prend conscience qu’il faut de nouveau s’en préoccuper. La perte de repères liée à l’influence des médias lui rappelle l’époque de la Résistance qui avait été marquée par des valeurs qui servaient justement de repères.

Après un long silence sur le sujet, il en vient donc «  à s’intéresser à nouveau à la Résistance ». Il en exalte la fraternité, l’unité, les valeurs. Il encourage les travaux du CERRAVHIS (Centre de Recherche et de Représentation Audiovisuelle de l’histoire) de Blagnac, qui réalise divers films sur la Résistance et les résistants. Il écrit un ouvrage de souvenirs, participe à des colloques et à des débats, livre une série d’entretiens qui donnent lieu à publication. Marie-Madelaine Fourcade le fait entrer au Comité d’action de la Résistance dont il devient quelques temps plus tard vice-président.

Membre du conseil d’administration de la Fondation de la Résistance, il crée, en 1993, avec d’autres résistants, l’Association Expositions de Résistance Intérieure (AERI). Le but de l’AERI était la mise en place d’expositions destinées à préfigurer la section  » Résistance intérieure  » du futur Mémorial national de la Résistance. En 1994, il lance un nouveau projet : l’opération cédéroms sur la Résistance dans les régions. Cette opération consiste à faire réaliser par des équipes locales, des cédéroms sur la Résistance dans leurs départements. Aujourd’hui, plus de 80 équipes travaillent dans toute la France. Grâce à ce projet, des enseignants du secondaire, historiens, résistants, universitaires, etc., travaillent ensemble pour mieux comprendre la Résistance et mieux transmettre son histoire aux jeunes générations. A ce jour, quinze cédéroms ou dévédéroms ont parus. En mars 1999, l’AERI change d’appellation et devient l’Association pour des Etudes sur la Résistance intérieure. Très attaché aux valeurs de la Résistance, Serge Ravanel s’engage en 2002 dans une campagne expérimentale sur ces valeurs : Valeurs de la Résistance, valeurs des jeunes aujourd’hui.  « Le monde moderne a fait émerger des valeurs nouvelles qui, tout en s’inscrivant dans la continuité des valeurs de la Résistance, n’en demandent pas moins à être formulées de façon spécifique. A partir de ce constat, l’AERI s’est lancée dans une campagne s’appuyant sur l’esprit de la Résistance pour faire vivre les valeurs des jeunes. Elle les familiarise avec les règles à observer dans nos sociétés et leur permet d’exprimer à travers une action suivie les valeurs actuelles qu’ils veulent défendre ». Aujourd’hui, plus de cent quarante classes (écoles primaires, collège, lycées, LEP…) sont engagées dans cette aventure dans toute la France.

(Biographie fournie par nos amis de l’A.E.R.I.)

 

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7 février, 2009

Les enfants au camp de Ravensbrück.

Classé sous CONCOURS — vivelaresistance. @ 3:26

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Le monument de Ravensbrück (sculpture  réalisée par Thérèse Chotteau).

 

 

Au camp de Ravensbrück

Les nouveaux-nés

D’après les témoignages les plus anciens, il y eut des femmes enceintes dès le début de la constitution du camp. Aucun adoucissement de régime ne fut prévu pour elles. Elles travaillaient et faisaient l’appel jusqu’au dernier jour. Lorsqu’elles étaient à terme, elles accouchaient à l’hôpital de Tremplin, puis revenaient  au camp. Cette situation dura pendant la période où le but du camp était la soi-disant rééducation.
Elle n’intéresse pas encore les Françaises.
En 1942, la conception du camp changea. Le but de la rééducation fut remplacé par celui du rendement du travail. Un médecin, le docteur Rosenthal, est alors nommé au camp ; il fait avorter les femmes enceintes de moins de huit mois (plus particulièrement les Allemandes enceintes de prisonniers étrangers). Le fœtus est brûlé directement dans la chaudière, parfois vivant…
En 1943, le docteur Treite succède au docteur Rosenthal. Il semble avoir abandonné les avortements et laissé la grossesse se dérouler jusqu’à son terme. Lors de l’accouchement, les femmes admises au Revier sont assistées par une sage-femme autrichienne prisonnière. L’enfant est étranglé ou noyé devant sa mère. Cette sage-femme assistait à leur agonie, parfois fort longue, étant donné la résistance très grande du nouveau-né à l’asphyxie par l’eau (vingt à trente minutes parfois, a-t-elle témoigne).
A la fin de la même année, une nouvelle décision permit de laisser les nouveau-nés en vie, mais rien n’était prévu pour les accueillir. Les mères étaient censées les nourrir au sein, alors qu’elles n’avaient généralement pas de lait, ou un lait trop pauvre pour nourrir un bébé plus de quelques jours. C’est seulement en septembre 1944 que fut créée une chambre spéciale pour les enfants. Plus d’une centaine de nouveau-nés, venus au monde avant cette date, moururent donc de faim. La kinderzimmer (chambre d’enfants) fut installée dans une très petite pièce d’un Block de malades. Jusqu’à dix nouveau-nés étaient couchés en travers de chaque lit. La pièce logea jusqu’à près de cinquante bébés. Un peu de lait en poudre mélangé à une sorte de gruau était distribué chaque jour. Deux flacons servaient de biberons. Les enfants naissaient généralement assez beaux, puis prenaient rapidement l’aspect de petits vieux. Tous mouraient avant trois mois, de faim, de diarrhée, de pneumonie, etc., en dépit de la solidarité des déportées et de l’abnégation des détenues affectées au Revier.
Dans le courant du mois de mars 1945, un groupe de 250 femmes enceintes et quelques nourrissons sont encore gazés.
Près de 800 enfants sont nés à Ravensbrück. Presque tous sont morts. Seuls ont survécu trois petits Français et quelques bébés d’autres nationalités.

Les enfants

A Ravensbrück, leur sort est inhumain.
Les enfants avaient au camp le même régime que les adultes. Aucun adoucissement ne leur était accordé. A leur arrivée, ils étaient généralement dépouillés, rasés et fouillés comme les adultes, et recevaient, selon les époques, un uniforme rayé ou une défroque peinte d’une croix devant et derrière. Nous les voyions traîner dans des loques trop grandes et lamentables, qui d’ailleurs n’étaient jamais changées. Les enfants étaient présents aux appels. Le matin, ils se levaient aux hurlements de la sirène, à 3 h 30 ou 4 heures selon les périodes. Ils recevaient une tasse du breuvage appelé café et sortaient, dans le froid, qui atteignait moins 33°c, sous la neige, la pluie et le vent glacial de la Baltique. Il fallait rester immobile, debout pendant une heure, deux, et parfois davantage. Les vêtements restaient mouillés pendant plusieurs jours. A la fin de l’appel, ils retournaient à leur Block, les plus grands poussant les plus petits. Certains essayaient alors de retrouver dans des jeux leur monde rêvé d’autrefois. La plupart ne jouaient pas, mais adoptaient les activités des adultes : épouillage, discussions sur la nourriture. Enfin, la majeure partie du temps de beaucoup d’entre eux se passait sur la paillasse. Ils étaient trop affaiblis pour se livrer à la moindre activité. Seule la solidarité qui régnait entre les prisonnières permit d’entourer un peu ces enfants.

Les archives du camp ayant été détruites, il est impossible de préciser le nombre des enfants, estimé par les survivantes entre 1000 et 2000.

La stérilisation des fillettes tziganes

Un degré supplémentaire dans l’horreur a été accompli par les nazis avec les expériences de stérilisation de petites filles tziganes. Le but était de découvrir les méthodes les plus rapides et les plus efficaces pour stériliser des millions d’êtres humains appartenant aux races « inférieures ».
120 ou 140 petites Tziganes furent opérées du 4 au 7 janvier 1945. Les plus jeunes n’avaient que huit ans. Un spécialiste de ces expériences, le professeur Schumann, qui avait déjà souvent opéré à Auschwitz, vint sur place. Toute une équipe médicale y participa : le docteur Treite, son adjoint, le médecin qui dirigeait le service sanitaire des SS et des infirmières. Une femme médecin tchèque déportée, radiologue,  dut installer l’appareil radiologique en position horizontale. Elle-même et deux collègues virent ensuite entrer une à une les petites filles. On entendait les pleurs et les cris des enfants et on les  voyait transporter, sanglantes, dans une autre pièce de l’infirmerie, où on les posait sur le plancher.
On sait qu’à Auschwitz le professeur Schumann procédait par irradiation des ovaires par les rayons X ; il provoquait des brûlures importantes des tissus environnants, déterminant la mort d’un certain nombre des opérées.
A Ravensbrück, il semble avoir procédé autrement. Les trois prisonnières radiologues furent obligées de développer les films radiologiques pris pendant les opérations. Elles les montrèrent en cachette à plusieurs collègues tchèques. On voyait un liquide opaque dans l’utérus et les trompes. Un liquide stérilisant était donc introduit dans l’utérus et jusque dans les trompes.
Si une partie des enfants supportèrent l’opération, d’autres moururent des suites. Conformément aux habitudes des médecins nazis expérimentateurs, et du docteur Schumann en particulier, les  organes génitaux de plusieurs victimes furent prélevés pour examen. C’est ainsi qu’au Block 9 fut hospitalisée une petite fille de douze ans, avec une énorme plaie ouverte au ventre, qui ne cessa de suppurer terriblement. Les médecins et infirmières prisonnières du Revier estimaient que cette plaie correspondait à une hystérectomie. Mais pourquoi la plaie n’avait-elle pas été recousue ? L’ouverture n’avait-elle pas été pratiquée uniquement pour permettre aux expérimentateurs SS d’observer directement les organes irradiés laissés sur place, et leur destruction ? Quel qu’ait été le but, la petite fille mit plusieurs jours à mourir dans d’atroces souffrances.
A la libération du camp, toutes ces malheureuses fillettes avaient disparu, vraisemblablement gazées.

Sources : Marcel Ruby « Le livre de la Déportation » ; Germaine Tillion « Ravensbrück ».

 

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