Vive la Résistance.

13 octobre, 2008

Appel des Résistants aux jeunes générations.

Classé sous ACTUALITE,HISTOIRE,HOMMAGE — vivelaresistance. @ 14:15

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Cet appel fut lancé au cours d’une conférence de presse, à Paris, Maison de l’Amérique latine, le 8 mars 2004.

 

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.  Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste.  Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :
Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les
exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, une presse délivrée de l’argent et de la corruption, des lois sociales ouvrières et agricoles, etc.  Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ?  Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.
Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance  » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous.  Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :
« Créer, c’est résister. Résister, c’est créer »
.

Signataires :

Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

 

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2 octobre, 2008

Le Musée de l’Ordre de la Libération.

Classé sous ACTUALITE,MUSEE,PUBLICATION — vivelaresistance. @ 7:38

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Gabardine, écharpe et chapeau de Jean Moulin (Galerie Sud, vitrine 1).

 

Le Musée de l’Ordre de la Libération a ouvert ses portes en 1970. Il est situé – comme la Chancellerie de l’Ordre de la Libération – dans l’aile Robert de Cotte de l’hôtel National des Invalides. Ce véritable mémorial a été créé par le Chancelier de l’Ordre de la Libération Claude Hettier de Boislambert (1962-1978) et par son épouse, Madame Odette de Boislambert. Il retrace le parcours héroïque des Compagnons de la Libération dans les rangs de la France Libre et de la Résistance Intérieure.
Vêtements de Jean Moulin, fanions pris à l’ennemi sur les champs de bataille d’Afrique et d’Europe, uniformes du groupe de chasse Normandie-Niémen, dessins originaux réalisés dans les camps de concentration, pièces de locomotive détruite au plastic par les cheminots eux-mêmes, tracts et journaux clandestins ou encore tenues rayées de déportés…
Dans ses trois galeries et ses six salles, le Musée présente des milliers d’objets, de documents et de photos, souvent des souvenirs personnels des Compagnons, témoins de leur engagement.
Le Musée comporte également une salle d’honneur plus particulièrement consacrée au Grand Maître de l’Ordre, le général de Gaulle. Y sont exposés ses décorations, sa dernière tenue militaire et certains de ses manuscrits de guerre les plus importants, dont le manuscrit original de « l’Appel à tous les Français ».

L’Ordre, cette « Chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l’Histoire de la France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte », pourtant destinée à s’éteindre, verra sa pérennité assurée par l’entrée en vigueur de la loi créant le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération ».
Il s’agit de Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors, l’île de Sein.

 

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Tenues de déportés (Premier étage, vitrine 1)

 

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1 août, 2008

Journée nationale, Alencon le 20 Juillet 2008 Suite.

Classé sous CEREMONIE,JOURNEE,MEMOIRE — vivelaresistance. @ 18:46

Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes » de France.

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Square des Déportés à Alençon. Lecture du message du secrétaire d’État à la défense et aux anciens combattants par M. Raymond Jourdain, secrétaire général de la préfecture de l’Orne (20 juillet 2008).

Message de M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la défense et aux anciens combattants.


« Nous célébrons aujourd’hui la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes » de France.


Cette date commémore la grande rafle du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942, qui vit l’arrestation par la police française, sur ordre de l’occupant, de près de 13.000 juifs de France, parmi lesquels 5.802 femmes et 4.051 enfants de moins de seize ans.

Arrachés à leur domicile par la police puis parqués dans des conditions effroyables au sein de camps d’internements français, ces femmes et ces hommes, qui n’avaient d’autre tort que celui d’être nés juifs, devaient ensuite emprunter le chemin de la Déportation, qui les conduisit à l’extermination dans les camps de la mort.

Pour les juifs de France, les rafles de 1942 furent l’antichambre de la Solution Finale.

Effectuée à Paris et dans sa proche banlieue, la rafle du Vel d’Hiv ne fût pas un élément isolé. Dès le printemps de l’année 1941, des rafles avaient été opérées à Paris, visant des juifs de toutes nationalités, y compris des juifs Français. Durant l’été 1942, les rafles s’intensifièrent partout en France, jusqu’en zone libre, où 6.500 juifs devaient également connaître la Déportation.

Exigées par l’Allemagne nazie, les rafles de l’année 1942 furent la conséquence et l’aboutissement d’une politique d’exclusion contre les juifs entamée dès l’instauration du régime de Vichy, avec notamment le statut des juifs du 3 octobre 1940, portant exclusion des juifs Français de la nation et celui du 4 octobre 1940, qui autorisa l’internement des juifs étrangers et apatrides réfugiés en France.

Avec cette politique de persécution raciale, l’État français de Vichy devint complice des criminels nazis. Au total, 76.000 juifs de France ne revinrent jamais de la Déportation.

Par de tels actes, la France renonçait soudain à toutes ses traditions. La politique anti-juive systématique conduite par le gouvernement de Vichy renouait avec les heures sombres de la persécution des juifs au Moyen-âge.

Mais en cet été 1942, au milieu de l’horreur, s’éleva également au sein de la population française un vent de protestation et d’indignation contre le sort réservé aux juifs.

Parmi ces voix qui s’élevèrent alors contre l’intolérable, nous honorons aujourd’hui en particulier les « Justes » de France, qui risquèrent leur vie pour sauver des juifs voués à l’extermination.

Nous honorons le courage de ces 2.646 Justes de France, dont le nom est gravé dans la pierre du mémorial de la Shoah de Yad Vashem et sur le mur des « Justes » du mémorial de la Shoah.

Ces noms, qui sont l’honneur et la conscience de notre pays, rappellent que des actes isolés de la population française contribuèrent à sauver les deux tiers des juifs de France.

N’oublions pas, enfin, le sort tragique réservé aux gens du voyage, surveillés, internés et parfois déportés.

Souvenons-nous de ces heures sombres de notre histoire. N’oublions pas le sort tragique des juifs de France, nés ici ou réfugiés de fraiche date, soudain livrés à la barbarie nazie par un régime servile, qui choisit de trahir les idéaux de la France. »

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13 mars, 2008

Alençon et la Résistance, par Bernard Geneslé.

Classé sous CONCOURS,HISTOIRE,TEMOIGNAGE — vivelaresistance. @ 17:05

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Bernard Geneslé.

 

Les filières d’évasion:

Aux réseaux de renseignements qui se mirent en place dès 1940 s’ajoutèrent bientôt les très efficaces filières de sauvetage et d’évasion des équipages des avions alliés abattus.
De par sa position géographique notre département fut particulièrement concerné.
Avant le Débarquement, il était survolé par une des lignes empruntées par les bombardiers alliés visant les installations allemandes au centre de la France et même au-delà.
Après le Débarquement, il s’est trouvé pendant plus de deux mois à l’arrière immédiat du front, là où l’aviation alliée attaquait sans relâche les convois et les moyens de communication de l’ennemi. Jusqu’à la Libération le ciel de l’Orne a été le théâtre de très nombreux combats aériens avec les conséquences que cela suppose.
Dans beaucoup de cas le sauvetage de première urgence des membres d’équipages alliés abattus a été réalisé par des bénévoles habitant la campagne, surtout des agriculteurs.
Dans certains cas l’aviateur repartait seul vers un point de rassemblement qui lui avait été indiqué par ses chefs. Il se guidait alors en utilisant une petite boussole dissimulée dans un des boutons de son uniforme et en consultant des cartes imprimées sur soie qu’il portait dans une doublure de son équipement.
Il partait ainsi à la merci de bonnes ou de mauvaises rencontres.
Une bonne fut celle que fit à Alençon le 16 novembre 1943 un sergent canadien de la R.A.F. abattu aux environs de Bourges et qui frappa à la porte d’un café tenu par le ménage Bâcle, rue des Petites-Poteries. Il reçut un très bon accueil comme il l’a attesté après la guerre dans des lettres qu’il adressa à ses hôtes. Mais apparemment ces braves gens n’avaient aucun contact avec la Résistance alençonnaise et ils le laissèrent repartir à l’aventure vers le Nord en direction de la Manche. Ce n’est qu’aux environs de Gacé qu’il rencontra par hasard un fermier, M. Violet, qui appartenait à un groupe de Résistance qui le prit en charge.
Cette prise en charge par les groupes de Résistance se faisait parfois directement au moment du parachutage en catastrophe, comme ce fut le cas le 4 juillet 1943 dans la région de Sées-Belfonds, sous la direction d’Édouard Paysant.
Les aviateurs américains qui ont été recueillis et camouflés ont été dirigés dans les jours suivants vers Alençon où Albert Terrier, exploitant forestier et propriétaire d’une scierie à Courteille, servait de plaque tournante à une filière d’évasion qui généralement remontait par Paris. D’Alençon les aviateurs camouflés, souvent bien difficilement, en civil, prenaient le train, « cornaqués » le plus souvent par une jeune femme. C’est ce qu’ont fait dans notre région « Yannick » (nom de guerre de Mme Croisé) et « Gilberte » future Mme Guéhenno, toutes deux agents de liaison du B.O.A. (Bureau des Opérations aériennes).
Ces opérations exigeaient beaucoup de courage et même de témérité. En voici un exemple brièvement évoqué. En juillet 1943, Albert Terrier transportait dans sa Citroën traction avant à gazogène qui se dirigeait vers la gare du Mans, une jeune femme de Nogent-le-Rotrou avec un enfant en bas âge pour donner le change. Elle était chargée d’escorter les aviateurs américains tapis au fond de la voiture qui prirent le train à la gare d’Écommoy après une tentative manquée à la gare du Mans. Poursuivi par une voiture de la Gestapo qui l’avait repéré M. Terrier réussit à s’en tirer malgré toutes sortes d’incidents de parcours : sa voiture embourbée dans un chemin de terre fut même poussée par des soldats allemands de passage, à la grande joie des Américains.
Le 13 juillet 1944 j’ai moi-même convoyé chez M. Terrier deux aviateurs américains qui avaient été amenés quelques jours auparavant à mon chef de groupe à Belfonds. Je n’ai pas connu la suite de leur aventure […] Les filières de sauvetage et d’évasion fonctionnaient le plus souvent dans le cadre du B.O.A.
Ce dernier avait aussi pour mission l’accueil des personnels parachutés venant d’Angleterre ainsi que le soin de préparer leur retour à Londres, autre type d’évasion.
Un autre type de filières d’évasion furent celles qui permirent à des jeunes patriotes de sortir clandestinement de France pour aller rejoindre les unités combattantes de la France Libre en Angleterre ou ailleurs.
En l’absence de documents d’archives dans ce domaine, comme ailleurs, j’ai eu recours à une enquête auprès de deux résistants alençonnais particulièrement bien renseignés.
C’est ainsi que j’ai appris que M. Troussard, adjudant de gendarmerie en retraite, fonctionnait dans une filière menant vers l’Espagne. (un percepteur de Rivesaltes accueillait les volontaires et les orientait vers le lieu de passage en Espagne).
C’est ainsi qu’André et Raymond Troussard, anciens élèves du lycée, ont rejoint les rangs des Forces de la France Combattante. Un autre ancien du lycée, Marcel Jaud, a de la même façon rejoint la 2ème D.B. en formation au Maroc avant de revenir en libérateur d’Alençon le 12 août 1944.


La Résistance administrative :

Avant même que ne soit mis en place le N.A.P. (Noyautage de l’Administration Publique) sous la direction de Jean Moulin et du Conseil National de la Résistance, des fonctionnaires, sans quitter leur bureau, ont manifesté leur esprit de Résistance : ils ont apporté une contribution souvent très utile et très efficace à la Résistance dans son ensemble. C’est ce que l’on a l’habitude de désigner sous le terme de « Résistance administrative ». Il s’agissait de saboter de l’intérieur l’application des directives imposées par l’Occupant et par le régime de Vichy. A Alençon, dans les services de la Préfecture et dans les services annexes un certain nombre de fonctionnaires se sont engagés dans ce genre d’action en prenant d’aussi gros risques qu’en opérant sur le terrain.
C’est ainsi que Marcel Palmier, chef de division à la Préfecture, prit position contre le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.), ordonné par le gouvernement de Vichy à partir de février 1943. Il organisa des planques pour les réfractaires et leur fournit de fausses cartes d’identité. Il fut arrêté en mars 1944 par la Gestapo et déporté dans un camp de concentration où il décéda. Guy Dupont, directement responsable du Service du S.T.O., manipula les listes des requis pour limiter les départs. Il fut également arrêté et déporté. Il reviendra en 1945.
Mlle Thérèse Mercier, chef de bureau à la Préfecture, responsable des titres de circulation, rendit de grands services aux membres du B.O.A. en facilitant leurs moyens de déplacement, un tampon officiel couvrant des expéditions diurnes ou nocturnes toujours fort périlleuses. Dans d’autres services de la Préfecture Gaston Morineau et Roger Jacquelin furent très utiles et efficaces. […] A la gendarmerie le lieutenant René Nicolas, accusé, comme un certain nombre d’autres gendarmes, d’avoir facilité l’évasion de requis du S.T.O., disparut lui aussi dans un camp de concentration.
A la prison, Mme Guillais, femme du gardien chef, prit de très gros risques en facilitant les contacts épistolaires entre les Résistants internés et leurs familles.
A la mairie encore M. Fourmond, chef du service municipal des cartes de rationnement, rendit de grands services aux clandestins. Il fut arrêté et emprisonné. […] Je suis tenté de qualifier de résistance para-administrative les certificats et les actes médicaux de certains médecins. Ils couvrirent ainsi l’activité de plusieurs résistants fonctionnaires avant qu’ils n’entrent dans la clandestinité.
Également par des certificats d’inaptitude physique, ils permirent à beaucoup de jeunes de se soustraire – du moins provisoirement – au S.T.O. Ce fut particulièrement le cas à Alençon du Dr Duhazé qui fut arrêté par la Gestapo et dirigé vers la Déportation. Il eut la chance de ne pas aller plus loin que le camp de triage de Compiègne.
Dans d’autres situations dans l’Orne des médecins furent amenés à soigner des résistants ou des aviateurs alliés blessés. Ils payèrent leur dévouement, soit d’une arrestation comme le docteur Le Meunier de Mortrée, soit de la Déportation comme le docteur Couinaud d’Argentan, soit encore d’exécutions comme le docteur Giraux, médecin du maquis de Saint-Cyr-la-Rosière dans le Perche.

 

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20 février, 2008

Les atterrissages secrets de la RAF en France durant la Seconde Guerre mondiale.

Classé sous CONCOURS,HISTOIRE,TEMOIGNAGE — vivelaresistance. @ 13:15

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Pilotes du groupe 161 devant le Lysander de Hugh Verity.

 

C’est dans la nuit du 19 au 20 octobre 1940 qu’eu lieu la première opération de ramassage clandestin de la Seconde Guerre mondiale (ramassage près de Montigny, au Sud de Fontainebleau, de Philippe Schneidau « Felix », agent des services secrets britanniques). L’escadrille 419 de la RAF avait été formée par le capitaine Wally Farley vers septembre 1940. En mars 1941, le numéro de l’escadrille devint 1419 pour éviter des confusions avec le groupe aérien 419. Elle avait alors à sa tête le commandant Teddy Knowles. Le 25 août 1941, l’escadrille 1419, transférée en mai à Newmarket, devenait groupe n°138. Le groupe fut repris en novembre 1941 par le lieutenant-colonel W.J. Farley, DFC. Il possédait alors sept Whitley, deux Lysander à grand rayon d’action et un Maryland, bombardier bi-moteur américain. Le groupe 138 effectuait un nouveau transfert, à Stradishall, le 18 décembre 1941.
Le groupe aérien 161 fut formé le 14 février 1942. Plus étoffé, et destiné à succéder au groupe 138 pour ce genre d’opérations, il comprenait sept Lysander, cinq Whitley V, deux Wellington et un Hudson.
Le capitaine Murphy réussit le premier ramassage du groupe 161 dans la nuit du 27 au 28 février 1942 : à St-Saëns, près d’Abbeville, il récupérait deux personnes dont Gilbert Renault dit « Rémy » fondateur du réseau de renseignements la « Confrérie Notre-Dame ». Un mois plus tard (dans la nuit du 26 au 27 mars 1942), Rémy fut débarqué près de Saumur par le pilote Guy Lockhart. Christian Pineau de « Libération » et François Faure de la « C.N.D. » furent ramenés en Angleterre lors de cette même opération.
Le 1er mars 1942, le groupe 161 était transféré à Graveley puis à Tempsford (dans le comté de Bedford près de Sandy) en avril 1942. Tempsford est restée la base principale du groupe 161 jusqu’à la fin des opérations.
En novembre 1942 (dans la nuit du 17 au 18) étaient déposés en France : Henri Frenay, chef du mouvement « Combat » et Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Lors de cette mission, le pilote John Bridger ramassa le général François d’Astier de la Vigerie et Yvon Morandat, un des plus fins agents politiques du général de Gaulle.
Hugh Verity, qui n’a alors que 24 ans, prend le commandement de l’escadrille des Lysander du groupe 161 en novembre 1942 et effectue sa première opération le 23 décembre 1942 (atterrissage impossible près de Macon pour cause de brouillard).
Durant les premiers mois de 1943, le groupe 161 eut à transporter des passagers qui ont apporté une immense contribution à l’organisation de la Résistance. Claude Hettier de Boislambert et Christian Pineau furent récupérés dans la nuit du 14 au 15 janvier 1943. Pierre Brossolette fut déposé près d’Issoudun dans la nuit du 26 au 27 janvier. Jean Moulin et le général Delestraint ont été récupérés dans la nuit du 13 au 14 février (près de Ruffey-sur-Seille dans le Jura) puis redéposés dans la nuit du 19 au 20 mars 1943 (près de Melay en Saône-et-Loire). Une mission visant à déposer Jean Moulin, dans la nuit du 24 au 25 février de la même année, fut rendue impossible pour cause de brouillard trop épais au dessus du terrain d’atterrissage : il fallut repartir en Angleterre !

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Philippe Livry-Level, Compagnon de la Libération.

 

Le 2 février 1943, Philippe Livry-Level est affecté au groupe 161 (seul Français à avoir eu cet honneur). Sur Hudson (avion de transport, construit aux USA par Lockheed-Vega, transformé en bombardier de reconnaissance) et comme navigateur avec le pilote Hugh Verity, le capitaine puis commandant Livry-Level effectua plusieurs missions en 1943. Dans la nuit du 15 au 16 juin 1943, leur Hudson déposa deux personnes dont Claude Bouchinet-Sereulles (qui allait devoir assurer l’intérim de Jean Moulin à la Délégation générale après son arrestation le 21 juin) et en ramena huit dont Henri Frenay du mouvement « Combat ». Ils déposèrent Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Jean-Pierre Lévy (chef national du mouvement Franc Tireur) dans la nuit du 24 au 25 juillet 1943. Philippe Livry-Level et Hugh Verity ont effectué le ramassage du général de Lattre de Tassigny avec sept autres passagers, près de Manziat (département de l’Ain) dans la nuit du 16 au 17 octobre 1943. Un mois plus tôt (dans la nuit du 14 au 15 septembre), un avion Hudson avait déposé près de Bletterans (Jura) le futur ministre Maurice Bourgès-Maunoury.
Une mission pouvait facilement se solder par un échec : le 17 novembre 1943, près de Périgné (Deux-Sèvres), le pilote Robin Hooper dut détruire son Lysander tellement embourbé qu’il ne put redécoller et ce malgré l’aide des fermiers alentour.
Cette aide s’est par contre révélée décisive dans le cas de l’opération menée dans la nuit du 8 au 9 février 1944. L’Hudson embourbé du Lieutenant Affleck fut « sauvé » de la destruction grâce aux efforts des habitants du secteur alertés en pleine nuit et venus spontanément prêter main forte à l’équipage. Ce ramassage effectué près de Bletterans (Jura) a permis à Raymond, Lucie Aubrac (alors enceinte de près de neuf mois) et leur jeune fils de gagner l’Angleterre.
Les pilotes de Lysander prenaient de très gros risques et certaines opérations eurent une fin tragique : le capitaine Leslie Whitaker DFC fut abattu et tué , dans la nuit du 3 au 4 mai 1944, en survolant malencontreusement à basse altitude une base aérienne allemande.
A partir de septembre 1944, et à mesure que le territoire français se trouve libéré, s’arrête la participation des pilotes de Lysander, et des équipages de Hudson, aux atterrissages clandestins. Leur mission consiste désormais en transports non opérationnels en France libérée et en Belgique.
Après la capitulation de l’Allemagne, en mai 1945, le groupe 161 (dont Len Ratcliff a pris le commandement en mars 1945), est affecté au transport de vivres aux pays libérés et au rapatriement au Royaume-Uni des prisonniers de guerre.

C’est ainsi que s’achève l’épopée de cette poignée de pilotes qui apporta une aide très précieuse à la Résistance française. En établissant ce lien essentiel entre l’état-major de Londres et « l’armée des ombres » en territoire occupé, ces missions périlleuses permirent au général de Gaulle de parler au nom de la France toute entière. Leur importance historique fut immense.

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Photo avion Lysander

 

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