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1 mai, 2009

Biographie de Serge Ravanel.

Classé sous HOMMAGE — vivelaresistance. @ 20:17

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Le colonel F.F.I. Serge Ravanel, au micro, après la libération de Toulouse.

 

Serge Asher est né le 12 mai 1920 à Paris. Sa mère, d’origine tchèque, réfugiée à Paris en 1919, était commissionnaire en haute couture et son beau-père agent en Afrique noire d’une grande société commerciale. Très jeune, Serge Ravanel est marqué par l’expérience personnelle de sa mère, qui avait participé au mouvement d’indépendance en Tchécoslovaquie, avant de décider de s’installer en France, pays qui « incarnait, à ses yeux, la Liberté, la Révolution de 1789, la République, les Droits de l’Homme ». Serge Ravanel prend très tôt conscience des menaces qui planaient sur l’Europe puisqu’en septembre 1937, il séjourne à Vienne chez des amis juifs autrichiens qui lui font part de leurs craintes envers le régime nazi ; ces amis durent d’ailleurs se réfugier en France en 1938, après l’annexion de l’Autriche, et firent partie des 1017 déportés juifs embarqués à Drancy le 6 septembre 1942 en direction d’Auschwitz, où ils trouvèrent la mort.
En raison des voyages qu’il effectuait à cette époque en Europe centrale, Serge Ravanel a ainsi compris la réalité et la gravité de la situation : « J’en savais beaucoup plus que mes camarades sur la situation à l’étranger. Je n’ignorais pas qui était Hitler. J’avais vu la morgue des policiers allemands qui circulaient dans les trains. La peur qu’ils inspiraient était visible. Les voyageurs jetaient des regards furtifs d’animaux pris au piège. Je découvris que la peur avait une odeur ».

Après des études secondaires au lycée Louis-le-Grand, il entre en septembre 1939 à l’Ecole Polytechnique. Affecté le 1er avril 1940 à l’Ecole d’officiers d’artillerie de Fontainebleau, il est envoyé, au lendemain de l’Armistice, dans un chantier de jeunesse en Savoie. En novembre 1940, les autorités militaires lui donnent l’ordre de rejoindre l’École Polytechnique, repliée à Lyon dans l’enceinte de l’École de santé militaire.  Il fait alors partie de ces nombreux Français qui accordent au départ leur confiance au maréchal Pétain pour redresser la France. Mais cela ne dure pas longtemps. Depuis l’armistice il éprouve des sentiments anti-allemands, beaucoup plus, dit-il, « par besoin de lutter que par antifascisme raisonné ».

En avril 1941, il prend contact avec le général Cochet qui l’inscrit dans son mouvement de Résistance. Ce groupe se bornait à étudier la situation militaire, cherchant à y trouver les raisons de ne pas perdre l’espoir en la victoire. Il rejoint ensuite le groupe des journalistes de la revue Temps Nouveaux qui vient d’être interdite par le Gouvernement et est animé par Stanislas Fumet. Serge Ravanel commence ainsi l’action secrète, prenant un pseudonyme et organisant des groupes de diffusion de presse clandestine, diffusant plusieurs centaines d’exemplaires de journaux chaque semaine dans Lyon et sa banlieue.

De plus en plus engagé, Serge Ravanel faillit adhérer au printemps 1942 au mouvement de Résistance d’obédience gaulliste Combat, qui s’étendait dans toute la zone Sud, car toutes les petites formations qui existaient cherchaient à se fédérer pour coordonner leur action ; mais les aléas de l’action clandestine ne permirent pas la mise en place de cette coopération ; par contre, au mois de juin, il rencontre un dirigeant du mouvement de Résistance Libération-Sud, qui l’embauche pour travailler au secrétariat de l’organisation. Il est alors chargé de porter des courriers, de prendre certains contacts et éventuellement d’assurer des missions de protection. En septembre ; il devient un « permanent » du mouvement, attaché au Comité directeur.

En novembre 1942, Serge Ravanel part pour Marseille, afin d’étudier avec les responsables locaux la mise en place de groupes de sabotage ; or, à la place du correspondant avec lequel il avait rendez-vous, il tombe sur un policier, qui l’arrête immédiatement ; conduit à « l’Évêché » – l’Hôtel de Police de Marseille – Serge Ravanel s’attendait évidemment au pire ; mais il réalise très vite que certains de ces policiers étaient des résistants et qu’ils étaient prêts à faciliter son évasion. Il ne manqua pas de s’évader dès le lendemain de son arrestation. Serge Ravanel parvient alors à rejoindre Lyon.

Le 15 mars 1943, de retour d’une mission à Chambéry, Serge Ravanel est arrêté, ainsi qu’une vingtaine de résistants lyonnais, parmi lesquels Maurice Kriegel et Raymond Aubrac. Après avoir été interrogés, les prisonniers sont incarcérés à la prison Saint-Paul sous l’autorité de l’administration pénitentiaire française. À la suite de cet événement, la direction du mouvement Libération décide d’organiser l’évasion de quelques-uns des prisonniers. Un commando de résistants procède à leur enlèvement, le 24 mai 1943, après qu’ils eurent réussi à se faire transférer à l’hôpital de l’Antiquaille pour cause de maladies simulées.

L’hiver 1942-1943 avait vu fusionner les trois mouvements de Résistance Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur sous le nom de MUR (Mouvements unis de Résistance). Le 12 juin 1943, Serge Ravanel se voit confier les fonctions de chef national des Groupes Francs (GF) par la direction des MUR, avec un adjoint issu de Franc-Tireur et un autre de Combat. C’est à ce moment qu’il prend le pseudonyme de « Ravanel » en souvenir d’un alpiniste de Chamonix. Ils se répartissent les six régions de la zone Sud de la France. Après la nomination de dirigeants nationaux et départementaux, l’objectif principal des GF est de passer à l’action militaire de façon coordonnée, en attendant le débarquement des forces alliées.

Après l’arrestation de Jean Moulin par la Gestapo, le 21 juin 1943, on lui demande de tenter de le libérer. Malheureusement le service de renseignement manque d’informations fiables et il faut un certain temps pour préparer une telle opération. Entre-temps, l’identité de Jean Moulin est découverte par Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, qui le fait transférer à Paris. Les groupes francs des MUR ne peuvent rien tenter.
Arrêté une troisième fois, le 19 octobre 1943, par la police militaire allemande, lors d’une réunion près de Meximieux dans l’Ain, Serge Ravanel s’échappe en sautant par une fenêtre puis, poursuivi, en plongeant dans l’Ain de nuit.
L’organisation des Groupes Francs a inscrit à son actif un nombre élevé d’opérations importantes, comme la libération de Raymond Aubrac, le 21 octobre 1943, après l’attaque en pleine ville de Lyon de la fourgonnette de la Gestapo qui le transportait ou encore la destruction du dépôt de munitions allemand de Grenoble le 13 novembre 1943.

En mars-avril 1944, les dirigeants du Mouvement de Libération Nationale (MLN) se réunissent à Paris, rue des Beaux-Arts, ainsi que le dirigeant de l’Armée Secrète (AS), Malleret, le chef national des maquis, Georges Rebattet, le responsable de l’Action Ouvrière Kriegel, et le chef des GF, Serge Ravanel ; il s’agit de mettre au point le rapprochement avec l’AS, avec la création des CFL, les Corps Francs de la Libération. Serge Ravanel est alors désigné comme responsable du bureau Action (3ème bureau) de l’état-major national des CFL.

Ce sont ses fonctions nationales qui justifient sa venue à Toulouse au début d’avril 1944. Il doit y installer le responsable régional CFL en R4. Mais il n’obtient pas de consensus, aucune personnalité locale ne suscitant l’unanimité. Il est alors amené à occuper personnellement le poste prévu, d’abord à titre provisoire, ensuite de façon officielle et permanente. Dans ce nouveau contexte il est nommé par le général Koenig, le 6 juin 1944, chef régional de l’ensemble des forces militaires régionales de la Résistance qui sont désormais réunies sous le nom de « Forces françaises de l’Intérieur ». Les FFI possèdent un effectif d’environ 50 000 hommes et Serge Ravanel est nommé au grade de colonel FFI. Dans cette nouvelle responsabilité, il développe l’organisation des FFI dans toute la région et en impulse l’unité ainsi que l’aptitude au combat. C’est une action délicate qui se heurte à différentes susceptibilités et oppositions, mais que Serge Ravanel mène à bien.  Il noue des liens avec les différentes formations locales, comme les « groupes Vény » du colonel Vincent dans le Lot, le Tarn, le Tarn-et-Garonne et le Lot-et-Garonne, le bataillon gersois de l’Armagnac de Claude Parisot, le Corps Franc de la Montagne Noire, le Corps Franc Pommiès (CFP) et les FTP communistes ; Serge Ravanel réussit à monter cette difficile unification des organisations aux objectifs communs, mais à la composition sociologique et politique différente.

De concert avec Jean Cassou, commissaire de la République, il anime et coordonne avec une grande efficacité les combats de la libération de la région (dénommée du nom de code de R4), du 17 au 24 août 1944, au cours desquels sont faits 13 000 prisonniers et capturés 300 000 tonnes de matériel ainsi que plusieurs avions.

A l’approche de la Libération, Serge Ravanel prépare l’insurrection populaire libératrice, qui est prévue dans le programme du CNR. A la fin mai ou au début juin, il reçoit prés de Toulouse, « dans un village proche de Revel », deux dirigeants de la Résistance intérieure, Pascal Copeau et Marcel Degliame, accompagnés de Maurice Bourgès-Maunoury, le délégué militaire national de la zone Sud. Ils arbitrent en sa faveur un litige existant avec le DMR. Mais la Libération ne se passe pas comme prévu. Il faut improviser et s’adapter aux fluctuations de la conjoncture. Serge Ravanel multiplie les circulaires. Il fait converger sur Toulouse des renforts FFI pour éviter le pire. Ce qui est obtenu. Une aviation FFI est créée, des unités sont envoyées combattre l’ennemi dans le Morvan et à la Pointe de Grave, une école de formation militaire et civique est mise en place à Lespinet… Mais le 20 septembre 1944, un grave accident de moto survenu à Paris, dans des conditions mal élucidées, l’oblige à abandonner son commandement régional au profit de Jean-Pierre Vernant («  Berthier  »).
Le 18 janvier 1946, Serge Ravanel est décoré de l’Ordre de la Libération.

Sa convalescence achevée, Serge Ravanel reprend du service dans l’armée. Il est déçu par l’amalgame. C’est « l’armée de Vichy » qui tire les ficelles. « On n’y aimait pas beaucoup les officiers issus de la Résistance, écrit-il, surtout lorsqu’ils portaient des grades élevés acquis dans les combats ». Chef de bataillon à la fin de la guerre, il est ensuite diplômé d’Etat-major.
Serge Ravanel démissionne de l’armée en 1949.

A partir de là, il se fixe pour règle de faire non pas carrière au sens classique du terme mais de satisfaire son immense curiosité pour mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Il s’intéresse aux techniques les plus diverses. Il est l’un des créateurs de la télévision grand public dans les années cinquante. Il crée l’informatique dans les Ponts et Chaussées à une époque où on effectuait encore les mesures par des moyens mécaniques. Il s’intéresse au traitement des eaux usées et découvre – ce qui est devenu une évidence mais ne l’était pas à l’époque – que les bactéries utilisées avaient besoin d’une alimentation équilibrée pour se développer. Il aide le professeur Henri Laborit, grand découvreur en biologie, à mettre en application sous forme de médicaments certaines de ses découvertes assurant ainsi la vie de son laboratoire qui ne percevait aucune subvention.

En 1981, il est donc parmi les personnes qui comprenaient le mieux le rôle important que devaient jouer la recherche et la technologie dans le monde moderne. L’intérêt national était de tout faire pour les impulser et les développer. C’est la raison pour laquelle Jean-Pierre Chevènement le prend dans son cabinet lorsqu’il devient ministre de la Recherche et de la Technologie puis ministre de la Recherche et de l’Industrie. Il demeure au ministère jusqu’à son départ à la retraite en 1985. Il s’établit alors comme consultant, spécialiste de la mise en place et de la conduite d’actions de groupe : actions industrielles, de recherche, de marketing ou commerciales. Vivant dans la présent et toujours tourné vers l’avenir, il considère que la Résistance appartient désormais à l’histoire et ne s’en occupe plus.

Pourtant avec le temps il prend conscience qu’il faut de nouveau s’en préoccuper. La perte de repères liée à l’influence des médias lui rappelle l’époque de la Résistance qui avait été marquée par des valeurs qui servaient justement de repères.

Après un long silence sur le sujet, il en vient donc «  à s’intéresser à nouveau à la Résistance ». Il en exalte la fraternité, l’unité, les valeurs. Il encourage les travaux du CERRAVHIS (Centre de Recherche et de Représentation Audiovisuelle de l’histoire) de Blagnac, qui réalise divers films sur la Résistance et les résistants. Il écrit un ouvrage de souvenirs, participe à des colloques et à des débats, livre une série d’entretiens qui donnent lieu à publication. Marie-Madelaine Fourcade le fait entrer au Comité d’action de la Résistance dont il devient quelques temps plus tard vice-président.

Membre du conseil d’administration de la Fondation de la Résistance, il crée, en 1993, avec d’autres résistants, l’Association Expositions de Résistance Intérieure (AERI). Le but de l’AERI était la mise en place d’expositions destinées à préfigurer la section  » Résistance intérieure  » du futur Mémorial national de la Résistance. En 1994, il lance un nouveau projet : l’opération cédéroms sur la Résistance dans les régions. Cette opération consiste à faire réaliser par des équipes locales, des cédéroms sur la Résistance dans leurs départements. Aujourd’hui, plus de 80 équipes travaillent dans toute la France. Grâce à ce projet, des enseignants du secondaire, historiens, résistants, universitaires, etc., travaillent ensemble pour mieux comprendre la Résistance et mieux transmettre son histoire aux jeunes générations. A ce jour, quinze cédéroms ou dévédéroms ont parus. En mars 1999, l’AERI change d’appellation et devient l’Association pour des Etudes sur la Résistance intérieure. Très attaché aux valeurs de la Résistance, Serge Ravanel s’engage en 2002 dans une campagne expérimentale sur ces valeurs : Valeurs de la Résistance, valeurs des jeunes aujourd’hui.  « Le monde moderne a fait émerger des valeurs nouvelles qui, tout en s’inscrivant dans la continuité des valeurs de la Résistance, n’en demandent pas moins à être formulées de façon spécifique. A partir de ce constat, l’AERI s’est lancée dans une campagne s’appuyant sur l’esprit de la Résistance pour faire vivre les valeurs des jeunes. Elle les familiarise avec les règles à observer dans nos sociétés et leur permet d’exprimer à travers une action suivie les valeurs actuelles qu’ils veulent défendre ». Aujourd’hui, plus de cent quarante classes (écoles primaires, collège, lycées, LEP…) sont engagées dans cette aventure dans toute la France.

(Biographie fournie par nos amis de l’A.E.R.I.)

 

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3 octobre, 2007

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Classé sous — vivelaresistance. @ 23:02

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Le Conseil National de la Résistance à la Libération

 

De gauche à droite, au fond : Jacques Debû-Bridel (Fédération républicaine), Pierre Villon (FN), Robert Chambeiron (secrétaire), Pascal Copeau (Libération Sud), Jacques Lecompte-Boinet (CDLR), André Mutter (CDLL), Jean-Pierre Levy (Franc-Tireur), Pierre Meunier (secrétaire) ; sur le devant : Gaston Tessier (CFTC), Joseph Laniel (Alliance démocratique), Georges Bidault (président, démocrate-chrétien), LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE dans Non classé moz-screenshotHenri Ribière (Libération-Nord), Daniel Mayer (CAS), Paul Bastid (Parti radical), Auguste Gillot (PC), Louis Saillant (CGT).

à sa création le 27 mai 1943 – 48 rue du Four- Paris et les modifications successives

PRÉSIDENT :
Jean MOULIN (successeurs Georges BIDAULT, démocrates-chrétiens, puis à la Libération, le 15 septembre 1944, Louis SAILLANT, CGT).

MEMBRES:

LIBERATION-SUD
Pascal COPEAU, suppléé par Pierre HERVE (désigné par son mouvement, Emmanuel d’ASTIER DE LA VIGERIE, appelé à Alger à l’Assemblée consultative puis au Gouvernement provisoire, redevint le titulaire à la Libération).

OCM (Organisation civile et militaire)
Jacques-Henri SIMON, déporté, remplacé par Maxime BLOCQ-MASCART.

COMBAT

Claude BOURDET, déporté, remplacé par Marcel DEGLIAME.

CEUX DE LA RÉSISTANCE (CDLR)
Jacques LECOMPTE-BOINET

FRANC-TIREUR

Claudius PETIT, puis Jean-Pierre LÉVY, puis Antoine AVININ.

CEUX DE LA LIBÉRATION (CDLL)
LENORMAND (Coquoin), fusillé, remplacé par André MUTTER.

LIBERATION-NORD
Charles LAURENT, appelé à Alger (Assemblée consultative), il est remplacé par Henri RIBIERE.

FRONT NATIONAL
de lutte pour la Libération et l’indépendance

Pierre VILLON.

PARTI RADICAL et RADICAL SOCIALISTE
Marc RUCARD, appelé à Alger (Assemblée consultative), il est remplacé par Paul BASTID.

DEMOCRATES CHRETIENS
Georges BIDAULT, puis André COLIN.

FÉDÉRATION REPUBLICAINE et REPUBLICAINS NATIONAUX

Jacques DEBU-BRIDEL.

PARTI COMMUNISTE

André MERCIER, appelé à Alger (Assemblée consultative), il est remplacé par Auguste GILLOT.

ALLIANCE DÉMOCRATIQUE

Joseph LANIEL.

PARTI SOCIALISTE

André LE TROQUER, appelé à Alger (Assemblée consultative), il est remplacé par Daniel MAYER.

CONFÉDÉRATION GENERALE DU TRAVAIL

Louis SAILLANT, puis Benoît FRACHON.

CONFÉDÉRATION FRANCAISE DES TRAVAILLEURS CHRETIENS

Gaston TESSIER.

SECRÉTAIRE GENERAL:
Pierre MEUNIER.

SECRÉTAIRE GENERAL ADJOINT :

Robert CHAMBEIRON.

Le CNR se réunit pour la première fois le 27 mai 1943, clandestinement, dans un appartement parisien, sous la présidence de Jean Moulin, représentant en France occupée du Général de Gaulle (installé à Londres puis à Alger comme chef de la France libre).
Jean Moulin sera arrêté par les nazis le 21 juin de la même année. Lui ont succédé Georges Bidault, démocrate chrétien, puis, à la Libération, le 15 septembre 1944, Louis Saillant, CGT.

 

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Buste de Jean Moulin, Mémorial de la Résistance, Toulouse.

 

 

LE PROGRAMME DU
CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

 

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.
Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.
Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. ,
délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I – PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

Les représentants des organisations de Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.
Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.
Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.
Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.
Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en oeuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la Résistance ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur Résistance armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.
Ils constatent, en outre, que la Résistance française doit ou se battre ou disparaître; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.
Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.
En conséquence, les représentants des organisations de Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.
Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général de Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R., sous l’autorité du C.F.L.N., dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.
Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.
Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’Armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R. décide :
D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.
Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L.). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L. qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.
Le but des ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par-dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.
Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L., appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

Ces comités devront :

01 ) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la Résistance ;

02 ) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de Darnand ainsi que les mouchards et les traîtres ;

03 ) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

04 ) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

05 ) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;

06 ) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

07 ) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

08 ) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.
Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre:

a ) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b ) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I., organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I. dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R. prescrit de l’état major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1 ) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I. de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2 ) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;

3 ) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;

4 ) Coordonner l’action militaire avec l’action de Résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.
Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.
Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.
Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande oeuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II – MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la Libération :

1 ) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2 ) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3 ) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’Armistice par les gouvernements de l’Axe et par leurs ressortissants dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable.

4 ) Afin d’assurer :
l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ;
la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;
l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;
le respect de la personne humaine ;
l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5 ) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :
l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;
une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des États fascistes ;
l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;
le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

b) Sur le plan social :
le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;
un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;
la garantie du pouvoir d’achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;
un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;
la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;
l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance contre les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.
L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourraient freiner leur action et ne servir que l’ennemi.
En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président, le général De Gaulle !
En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

 

 

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