Vive la Résistance.

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14 mars, 2011

La répression de la Résistance dans l’Orne.

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Etienne Panthou (Armée Secrète). Chef du secteur d’Argentan (Orne). Arrêté, torturé et fusillé par la Gestapo le 28 juin 1944.

 

Dépendante du « Kommandeur » régional pour toute la Normandie, qui siège à Rouen rue du Donjon, l’antenne ornaise de la Gestapo réside à Alençon.
Jusqu’au début de 1944, elle est dirigée par le Dr Harold Heinz, qui exerçait primitivement ses talents à Cherbourg. En mars, Heinz est muté à Caen, et Richard Reinhard, dit «  Hildebrand », le remplace. On note qu’à partir de novembre 1943, les responsables des services de police allemands s’affublent de pseudonymes ; on a laissé entendre que c’était un subterfuge pour tromper la Résistance, en réalité il semble bien que, sentant le vent tourner et peu désireux de rendre un jour des comptes sur les exactions de leurs officines, ils aient tenté de se voiler d’un certain anonymat. Reinhard à Alençon se fera appeler « Hildebrand » mais aussi « Lebrun » et « Lefèvre » ! Heinz, précité, préférera le surnom de « Bernard ». Goest à Saint-Lô répondra au pseudo de « Godefroy » et à celui de « Benoit ». Walter Kunrede à Evreux choisira « Vervier », Herbert von Berthold à Caen sera connu sous celui d’ « Albert ».
C’est donc Reinhard, que les résistants de l’Orne ne connaîtront que sous le vocable d’Hildebrand, qui prend en main le SD.
Sa première tâche est de créer un groupe « Action », formé d’éléments français. La responsabilité en est octroyée à Bernard Jardin, d’Argentan, individu sans aucun scrupule, pervers, cupide, et au cynisme cruel, qui navigue depuis plusieurs mois dans les eaux fangeuses de la collaboration active. Il constitue une équipe d’aventuriers et de repris de justice dont les membres principaux seront Berteaux, un tueur illuminé, Lotti, Duru, Lemaître, Larronche, Perrin père et fils, Bogdanoff, Chapron, Neveu.
Profitons de cette occasion pour indiquer, de l’avis même des gestapistes allemands, que les résultats du SD et de la Gestapo, et ceci d’une façon générale, auraient été abaissés de 60 % s’ils n’avaient été guidés, pilotés, conseillés, par des traitres français. Comment en effet admettre que, sans le concours de quelques suppôts, des policiers prussiens, bavarois, rhénans ou wurtembourgeois, se dirigent à coup sûr vers des caches, des sapes, des grottes, des fermes abandonnées, des métairies isolées, dans le dédale des chemins creux et des sentiers perdus, ne figurant sur aucune carte d’état-major, par des traces ou des pistes inconnues des géographes ? On a grand tort, lorsqu’on évoque la Gestapo, de voir en elle un organisme tout-puissant, ayant l’œil partout, connaissant tout. En réalité, ce n’était qu’une impitoyable machine administrative, parfaitement structurée, qui broyait inexorablement les pauvres gens qu’elle avait en main. Mais elle ne put obtenir de succès que dans la mesure où elle trouva une horde de renégats, qu’elle traitait d’ailleurs avec mépris, pour lui servir de rabatteurs et d’indicateurs. On a vu dans certaines régions comme le Vièvre, sur le territoire du maquis Surcouf, qu’elle ne parvint jamais à réduire les partisans dès lors qu’elle ne réussissait pas à y introduire d’agents doubles. On mesure donc à cette réflexion qu’elle fut la sinistre responsabilité des quelques bandits qui se mirent à son service. Le cas du département de l’Orne est typique à cet égard :
Jusqu’à la mi-mai 1944, les policiers nazis n’obtiennent guère de résultats probants dans leur lutte contre la Résistance. Certes, il y eut des arrestations dues aux inévitables bavardages et à quelques imprudences, mais, eu égard à l’activité très intense des clandestins dans cette région, la répression reste fort modérée.
Ce n’est qu’à partir de mars 1944, avec l’entrée en lice de l’équipe Jardin, que les événements leur deviennent favorables. L’annonce de primes conséquentes allèche les forbans, qui déploient une intense activité. La présence à Argentan du général Allard, chef de toute la subdivision, leur parvient et ils mettent tout en œuvre pour l’arrêter. Quelle manne royale en cas de succès !
Le 16 mai, un dispositif policier extraordinaire, plus de six cents hommes de la Feldgendarmerie, de la SS et de la Milice, quadrillent la ville suivant leurs indications. Pendant huit jours, c’est la chasse et les prises s’accumulent ! Les frères Rycroft, chefs de groupe, et leur mère ; Xavier Vimal du Boucher, chef cantonal ; Albert Barrière, chef du 3ème bureau régional ; les docteurs Couinaud et Fillon ; MM. Duguey, Hérault, Moreau, de l’EM ; Chevreuil, à Mortrée, le docteur Le Meunier, Herlemont, chef du secteur de Domfront ; Durrmeyer, chef du secteur de Flers ; Gobry, chef du canton d’Athis, sont tous arrêtés. Mais le général Allard, pris en charge par les groupes voisins, parvient à échapper à la razzia.
Le 5 juin, à Courcerault, les maquisards locaux sont cernés et faits prisonniers : douze hommes sont fusillés !
Le 8 juin, c’est Roussel, chef de section d’Aunou-le-Faucon, qui est abattu avec l’un de ses hommes.
Le 12, une expédition à Trun-Chambois cause la mort de trois francs-tireurs.
Le 13, à Lignières-la-Doucelle, la Gestapo appréhende le chef départemental Daniel Desmeulles.
Le 14, le groupe de Courtomer est décimé.
Le 18, celui de Silly-en-Gouffern subit l’attaque des gestapistes.
Le 20, à Gacé, Lefrançois, chef de secteur, Buffard, chef de canton, sont arrêtés avec la plupart de leurs maquisards. Le même jour, Bove, chef de groupe de Villers-en-Ouche, est capturé, puis le 26, ce sera le tour de Louis Guéné, chef de section à Trun, et de deux de ses garçons qui seront torturés et exécutés.
Enfin, le 28, Etienne Panthou, chef du secteur d’Argentan, est fait prisonnier après une lutte héroïque avec neuf de ses hommes. Il sera torturé d’une façon atroce en présence de sa fille, puis elle-même subira les plus infâmes sévices. Etienne Panthou et ses compagnons sont fusillés le jour même, Simone Panthou est incarcérée puis déportée.
Devant l’importance de la répression nazie, les autres responsables résistants, condamnés à mort par contumace, traqués, pourchassés, se réfugient dans les forêts d’Ecouves et de Monaye. C’est là qu’André Mazeline, Vernimmen et Almire Viel reforment leurs groupes et reconstituent les maquis.
Néanmoins les séides de la Gestapo ont bien travaillé pour leurs maîtres allemands. A la veille du débarquement, les puissantes formations ornaises sont décimées. Toute l’organisation est à rétablir !

La tragédie des Riaux, 28 juin 1944.

La Gestapo a arrêté au début du mois un résistant du nom de Poupard. Pris, ce lâche individu n’attend pas d’être interrogé ; il offre spontanément ses services au sinistre Jardin. On l’envoie contacter un sédentaire de Francheville, ce qui lui est facile puisqu’il connaît la phrase d’introduction : « Les pommiers fleurissent en mai ». Sous un vague prétexte, il se fait indiquer l’endroit où se tient le chef de secteur Etienne Panthou, avec son groupe de réserve. Prévenue, la Gestapo requiert l’appui d’un bataillon SS et, à l’aube du 28, l’investissement du hameau des Riaux s’amorce.
Dans une ferme à l’écart, Etienne Panthou est surpris par l’attaque. Il se retranche dans un grenier et rend coup pour coup. Mais sa fille, Simone est capturée, les SS la tiennent sous leurs mitraillettes et menacent de la tuer. Alors le chef de secteur se rend, avec l’un de ses gardes, Maurice Terrier. On les emmène tous les trois à la carrière de Francheville, et ils sont sauvagement torturés. La Gestapo veut savoir où est le chef départemental, Mazeline, alias Marsouin. Les trois patriotes se taisent, bien que sachant que celui-ci doit revenir à la ferme le soir même. Panthou est martyrisé, défiguré, sanglant, mais il trouve encore la force d’adjurer sa fille que l’on torture devant lui : « Ne leur dis rien, ma petite fille, surtout ne dis rien. » Simone Panthou serre les dents. Elle ne parlera pas.
Voyant qu’ils ne tireront rien de leurs prisonniers, et pressés par le temps, les SS fusillent les deux hommes. La jeune fille est emmenée ; elle sera déportée après bien des épreuves.
Puis la troupe fonce à la ferme Le Brasseur. Huit maquisards sont arrêtés : Georges Toutain, Paul Delfloraine, Joseph Goubin, Jean Laurent, André Piquet, Maurice Philippeau, Bernard Plessis, Marcel Klein. Après avoir subi d’horribles sévices, ils sont abattus un à un et, geste digne des SS, leurs corps sont entassés dans une soue à porcs ! Comme quoi, à l’assassinat, les soldats d’élite du grand Reich ajoutaient souvent la plus abjecte forfaiture.

 

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14 juillet, 2009

Hommage à Maurice Mallet et Jacques Hochin.

Classé sous ACTUALITE,CEREMONIE,HISTOIRE — vivelaresistance. @ 16:17

Maurice MALLET

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Maurice Mallet, né à Saint Denis sur Sarthon en 1923.
Sergent des Forces Françaises de l’Intérieur de l’Orne, Croix de guerre, Médaille de la Résistance.

 

Dès le 29 Mai 1940 il n’accepte pas que la France soit vaincue sans se battre jusqu’au bout. Il veut rejoindre l’Armée de l’Air et pour cela, il imite la signature de sa mère sur son acte d’engagement car il a seulement dix sept ans.Les autorités militaires le refusent, le trouvant trop jeune.En 1941, Il part pour Istres et devient Aspirant de l’Armée de l’Air.
En 1942, les Allemands envahissent la zone Sud. Il tente alors de rejoindre l’Afrique avec l’espoir d’aller en Angleterre pour se rallier au Général de Gaulle mais les circonstances ne le lui permettent pas. Il revient à Saint-Denis et devient le responsable du Groupe VII de la
Résistance d’Alençon.
Le Bureau de Londres le compte dans ses effectifs à partir du 1er Décembre 1942.

Jacques HOCHIN

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Jacques Hochin, né à Fresnay sur Sarthe en 1921.
Soldat des Forces Françaises de l’Intérieur de l’Orne, Croix de guerre, Médaille de la Résistance.

 

En 1941, Il est convoqué au Mans par le Service du Travail Obligatoire et part pour cette ville. Il poste une lettre à sa mère lui confirmant sa volonté de se rendre en Allemagne ce qui la protège en cas de représailles.
Cette stratégie lui permet de se cacher à Saint-Denis-sur-Sarthon.
C’est là qu’il est entré en contact avec André Mallet du Groupe VII.

Bref rappel historique :

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, des mouvements de
résistance contre l’occupation allemande se sont organisés
dans le département de l’Orne. Parmi eux, le Groupe VII de
Saint-Denis-sur-Sarthon, rattaché à l’Armée Secrète d’Alençon
avait été constitué par :

André et Maurice Mallet,
Jacques Hochin,
Bernard Dufrou
Pierre Dambry
Bernard Fresnay
Raymond Justice
André et René Sylvestre
Roger Piard

Ces jeunes hommes refusaient l’occupation nazie et étaient
des réfractaires du Service du Travail Obligatoire.
Le groupe VII participait aux actions du Plan « Tortue » (aide
apportée par la Résistance française aux Alliés au moment de la Libération).
Afin d’être plus en sécurité, ils s’étaient repliés dans une maison isolée formant ainsi le Maquis de Courtemiche et préparaient leurs actions de harcèlement contre l’ennemi (abattage d’arbres pour provoquer des barrages routiers, coupures de réseaux téléphoniques, etc.). Ils stockaient les armes récupérées lors des parachutages des Alliés dans des caches naturelles qu’offrait la forêt, et se tenaient prêts pour participer à la libération de la région. Il y avait avec eux, Samba Konaté et Jean Azéma, deux soldats français africains qui avaient été faits prisonniers par les nazis et laissés sur le territoire français.
Mais, depuis le Débarquement des Alliés en Normandie le 6 Juin 1944, de véritables opérations de ratissage étaient systématiquement lancées par les Allemands contre les petits maquis qui s’étaient constitués dans le département de l’Orne.
Le 24 Juillet 1944, au matin, M. Bouilhac, Chef de la Résistance d’Alençon est arrêté à son domicile par la Gestapo.
Accompagné d’un officier allemand et de deux autres français endimanchés, Bernard Jardin, chef de la Gestapo française de l’Orne, conduit l’expédition. Tous se rendent dans l’après midi à Saint-Denis-sur-Sarthon.
Maurice Mallet est arrêté brutalement chez sa mère. Il est conduit jusqu’au maquis où Jacques Hochin monte la garde près d’un Fusil Mitrailleur. Sous la contrainte, les deux jeunes résistants doivent montrer où sont cachées les autres armes et les transporter jusqu’à la Traction Citroën laissée dans la cour du moulin de la Sourdière, un peu plus bas. Pour finir la Gestapo tente de détruire la maison par le feu.
Bernard Dufrou, arrivé sur les lieux entretemps pour prévenir de l’arrestation de Maurice, est lui aussi fait prisonnier.
Le triste cortège redescend vers le moulin de la Sourdière. Les trois jeunes gens sont mis en posture d’exécution dans la cour. L’officier nazi délègue la sinistre besogne et va s’amuser avec le petit chien du moulin. Sous la menace des mitraillettes des trois Français Gestapistes, les jeunes résistants, à genoux, demandent à réciter leur prière. Jardin ordonne brutalement qu’ils se relèvent. Les cris fusent : «Vive la France» avant que Bernard Jardin n’abatte Maurice puis Jacques d’une rafale dans la nuque. Profitant du moment où Jardin rechargeait son arme et du manque de réaction des deux autres, Bernard Dufrou s’enfuit, réussit à se protéger en passant derrière la voiture ; on tire sur lui mais il parvient à aller dans le bois grâce à la pénombre qui s’installe et à rester caché malgré ses graves blessures.
C’est grâce à son témoignage que l’on connait les circonstances de la mort héroïque des deux jeunes garçons.

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11 juillet, 2008

Hommage à Aimé Teisseire, Compagnon de la Libération et Ancien de la 2ème D.B.

Classé sous HOMMAGE — vivelaresistance. @ 17:25

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Aimé Teisseire au Mesnil-Scelleur (photo prise le 13 août 2004).


Nous publions ci-dessous un extrait des mémoires d’Aimé Teisseire publié en janvier 1994 dans un ouvrage intitulé « Mes Campagnes ». Il concerne la Campagne de Normandie.

« Je commande une section, la 3ème Section de la 10ème Compagnie du Régiment de Marche du Tchad. Au Maroc, j’ai poussé son instruction du mieux possible et je continue en Grande-Bretagne. Elle dispose de cinq half-tracks (véhicules légèrement blindés à roues avant et chenilles arrières).
Elle est composée de volontaires d’origine diverse. Ceux provenant d’Afrique du Nord, où beaucoup étaient nés, avaient fourni un apport important. Le Sergent-chef Le Goff était un de ces jeunes Bretons qui avaient rejoint l’Angleterre en Juin 40 ; il avait ensuite été envoyé en Afrique Équatoriale Française ; le Sergent Leroy, qui me sera affecté en cours de campagne était dans la même situation. Beaucoup venaient des glorieux Corps Francs d’Afrique ; certains s’étaient distingués au cours de la Campagne de Tunisie et il faut saluer leur courage ; le Sergent-chef (Adjudant par la suite) Touati, le Sergent-chef Beck, le soldat Sarmiento (caporal par la suite) avaient été cités pour cette campagne (Il n’est pas impossible que je commette des omissions).
Touati et Beck avaient déjà combattu en France et Beck avait eu une citation à l’ordre de la Division en Juin 1940. Des patriotes, de la Métropole, pour pouvoir participer aux combats; avaient rejoint l’Afrique du Nord en passant par les Pyrénées et après avoir été internés dans les prisons et/ou le camp de concentration franquistes (sauf erreurs ou omissions : les Sergents Lévy, Marchive Aimé, Stam (celui-ci après avoir combattu en France), les soldats Augros (qui deviendra sous-officier), Jaouen, Parker. Après le débarquement, il y aura des apports d’engagés en Métropole qui adoptèrent l’esprit de la section et sa combativité et contribuèrent souvent à ses succès.
Nous embarquons le 30 Juillet 1944 à destination de la France.
La 2ème Division Blindée fait partie de l’Armée Patton qui doit réaliser la percée. Nous ne débarquons que le 4 Août.
Le 12 Août, avant Sées (Orne), la section fait des prisonniers. Un peu après la sortie de Sées, notre canon de 57 – chef de pièce : Sergent Marchive Aimé – tire sur des résistances ennemies situées au nord de la route D908 (Sées – La Ferrière Béchet – Carrouges).
A partir du carrefour de la D908 (N808 suivant d’autres cartes), et de la D26, la section fait partie du dispositif de tête qui attaque en forêt d’Écouves du Nord au Sud. Le détachement est sous les ordres du Chef de Bataillon Putz. Il devra faire jonction avec des éléments de la Division venant du Sud. La 9ème Panzer Allemande est dans la forêt.
Nos half-tracks sont intercalés avec les chars moyens du Lieutenant de la Bourdonnaye (section de la 2ème Cie. du 501ème Régiment de Chars de Combat). Je suis dans le premier half-track, derrière le char de tête.
Une reconnaissance ennemie se heurte à nous.
Je ne me rappelais plus le nombre exact de véhicules ; il y avait un genre de « command-car », une autre voiture légère peut-être. Ils sont capturés ; des prisonniers, dont des officiers, sont faits.
Je renouvelle mon offre de reconnaître à pied les tournants dangereux, mais les chars préfèrent aller vite.
Peu avant le carrefour « La Croix de Médavy », le char de tête est détruit par un char lourd allemand qui est aux aguets, en position à ce carrefour.
Bonhomme, le chauffeur de l’half-track de tête, effectue la marche arrière la plus rapide de sa carrière afin de mettre son H.T. à l’abri dans la forêt. La section met pied à terre. Je laisse mon adjoint, le Sergent-chef Touati, rassembler rapidement la section et je vais reconnaître avec deux ou trois hommes. A un moment, je suis coupé d’eux par le tir venant de nos chars.
Notre Commandant de Compagnie, le Capitaine Sarazac est venu prendre des nouvelles et Touati lui a rendu compte de la situation. Je reviens chercher ma section qui a commencé à avancer. Augros a pris le commandement du groupe du Sergent-chef Girma qui a été blessé.
La section progresse jusqu’au carrefour.
Face à celui-ci, à droite de la route D 26, elle se met en place pour l’assaut, le plus discrètement possible. Un fossé existe près du carrefour et protège les éléments les plus avancés de la section. Les chars allemands se sont légèrement repliés vers le Sud, sur la route D 26 allant vers Alençon, mais il reste encore au carrefour divers véhicules. Tir au lance-roquettes; jets de grenades. Après les explosions, nous nous élançons et atteignons l’autre côté du carrefour.
La section est bientôt rejointe par d’autres éléments à pied.
Des actions dans la forêt ont lieu, souvent par de petits groupes de combat. Je vais un peu vers le Nord, puis revient vers le Sud.
Sous la pression de nos unités, l’infanterie allemande s’est séparée de ses chars. Je vais en reconnaissance vers ceux-ci, étant à gauche de la route allant à Alençon. Je m’approche à quelques mètres de l’un d’eux, celui qui est le plus rapproché du carrefour, utilisant tous les accidents de terrain. Je n’ai pas de grenades antichars ni des cocktails « Molotov ». Dépité, je tire au pistolet-mitrailleur dans les fentes de visée. Énervé par le moustique que je suis, le char tire d’une manière désordonnée et recule un peu. Je reviens vers ma section. Je récupère le Sergent-chef Legoff, chef de l’un de mes groupes, armé d’un lance-roquettes, accompagné du soldat Borinov (de son vrai nom Roux Pierre) qui porte des roquettes, alors qu’il cherche aussi à s’approcher des chars. Laissant le gros de la section presser les fantassins adverses, nous approchons du char ennemi.
Tirs de Legoff, tandis que je sers de chargeur.
Incident technique entre les tirs, vite réparé (mauvais contact). Au premier tir, la roquette passe trop haut; erreur de hausse. Au deuxième, à la base de la tourelle, la roquette ricoche. Au troisième, la région du moteur étant visé, le char est mis hors de combat.
Le Lieutenant Carage, chef de la 2ème section de la compagnie, arrive avec ses hommes et peut-être des éléments de la C.A.3, de l’autre côté de la route.
Le Lieutenant Silvy, avec la 1ère Section, arrive de notre côté. Il me demande de le laisser passer en tête et de lui « prêter » Legoff avec son lance-roquettes. J’accepte. Accompagné de Borinov et de Quille, agissant suivant son initiative, Legoff attaque un autre char lourd, le rendant inutilisable en détériorant son train de roulement. Il sera blessé peu après.
Après la destruction du premier char ennemi, j’avais fait dire à nos propres chars qu’ils pouvaient avancer jusqu’à celui-ci, en leur recommandant de ne pas le dépasser. Nos chars préféreront continuer et un deuxième char du 501e sera mis « en flammes » par un char allemand.
Le Lieutenant Silvy sera lui aussi blessé.
Ma section reprend alors la tête de tout le dispositif dans la progression. La nuit tombée et suivant les ordre reçus, elle reste en protection avancée.
Elle repart le lendemain matin de bonne heure vers les spahis qui remontent du Sud (Groupement Roumianzoff).
L’ennemi semble désemparé.
De nombreux prisonniers sont encore faits. des chars, sabotés, ont été abandonnés par l’adversaire.
La liaison est un moment délicat, mais tout ce passe bien. Étant dans le fossé près de la route, nous entendons les bruits de moteur et voyons apparaître les spahis; nous agitons nos mouchoirs; pas de bavures. Très peu de temps ensuite, la section de reconnaissance du Bataillon arrive.
Alors que le gros de la 10ème Compagnie est dirigé vers Argentan, ma section est envoyée à Boucé.
Le lendemain 14 Août, près d’Avoine, nous essuyons, dans une plaine, un feu nourri de l’ennemi. Avec d’autres éléments, nous le mettons en fuite, mais nous avons eu le premier mort de la section, le soldat Amsellem, un père de famille, engagé volontaire.
A Boucé, un groupe de la section est en protection à une sortie de village; le commandement nous a fait reconnaître qu’il ne peut, par cette route, arriver que des ennemis.
Un véhicule arrive.
Bref engagement; l’adversaire est mis en fuite et nous récupérons… une Jeep de la Division. C’était un petit groupe, commandé par un aspirant artilleur qui s’était trompé d’itinéraire ou qui avait été mal informé.
Heureusement, pas de blessés par les coups de feu réciproques. Les artilleurs arriveront à rejoindre leur unité; notre section utilisa la Jeep quelque temps…
De Boucé, de profondes reconnaissances sont effectuées.
Le 17 Août, nous retrouvons la compagnie à Joue du Plain, puis le soir même ma section est envoyée dans la région d’Écouché en renfort de la 9ème Compagnie. Pour éviter l’encerclement, de nombreuses colonnes ennemies se heurtent à nos unités.
Des Britanniques font liaison avec nous.
Nous rejoignons le gros de notre compagnie. De nombreux véhicules de la Wehrmacht ont été détruits ou capturés; nous en ramenons plusieurs, y compris un véhicule blindé de transport de troupes, correspondant à nos half-tracks, en état de marche.
Je suis adjudant-chef depuis le 1er Janvier 1944, après avoir été nommé adjudant à titre exceptionnel pour compter du 15 Février 1942. Après la Campagne de Normandie, je suis proposé à titre exceptionnel pour le grade de sous-lieutenant; la nomination à ce grade aura lieu pour compter du 25 Septembre 1944, par décret du 23 Décembre 1944.
Le Capitaine Sarazac m’a proposé dans ces termes :
« L’Adjudant-chef Teisseire, chef de section commandant la 3ème Section de la 10ème Cie. depuis le mois de Décembre 1943, s’est tout de suite imposé par ses qualités de chef. A fait de sa section une unité parfaitement instruite, homogène, prête physiquement et moralement au combat. Depuis le début des opérations, a obtenu une série de brillants succès. A la Croix de Médavy, a entraîné sa section à l’assaut du carrefour puis s’est élancé à la poursuite des chars allemands. Avec quelques hommes, a attaqué et détruit un char lourd.
Plusieurs fois proposé pour le gradé de sous-lieutenant avant les opérations l’adjudant-chef Teisseire a amplement prouvé qu’il est apte à devenir un excellent officier ». »

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13 mars, 2008

Alençon et la Résistance, par Bernard Geneslé.

Classé sous CONCOURS,HISTOIRE,TEMOIGNAGE — vivelaresistance. @ 17:05

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Bernard Geneslé.

 

Les filières d’évasion:

Aux réseaux de renseignements qui se mirent en place dès 1940 s’ajoutèrent bientôt les très efficaces filières de sauvetage et d’évasion des équipages des avions alliés abattus.
De par sa position géographique notre département fut particulièrement concerné.
Avant le Débarquement, il était survolé par une des lignes empruntées par les bombardiers alliés visant les installations allemandes au centre de la France et même au-delà.
Après le Débarquement, il s’est trouvé pendant plus de deux mois à l’arrière immédiat du front, là où l’aviation alliée attaquait sans relâche les convois et les moyens de communication de l’ennemi. Jusqu’à la Libération le ciel de l’Orne a été le théâtre de très nombreux combats aériens avec les conséquences que cela suppose.
Dans beaucoup de cas le sauvetage de première urgence des membres d’équipages alliés abattus a été réalisé par des bénévoles habitant la campagne, surtout des agriculteurs.
Dans certains cas l’aviateur repartait seul vers un point de rassemblement qui lui avait été indiqué par ses chefs. Il se guidait alors en utilisant une petite boussole dissimulée dans un des boutons de son uniforme et en consultant des cartes imprimées sur soie qu’il portait dans une doublure de son équipement.
Il partait ainsi à la merci de bonnes ou de mauvaises rencontres.
Une bonne fut celle que fit à Alençon le 16 novembre 1943 un sergent canadien de la R.A.F. abattu aux environs de Bourges et qui frappa à la porte d’un café tenu par le ménage Bâcle, rue des Petites-Poteries. Il reçut un très bon accueil comme il l’a attesté après la guerre dans des lettres qu’il adressa à ses hôtes. Mais apparemment ces braves gens n’avaient aucun contact avec la Résistance alençonnaise et ils le laissèrent repartir à l’aventure vers le Nord en direction de la Manche. Ce n’est qu’aux environs de Gacé qu’il rencontra par hasard un fermier, M. Violet, qui appartenait à un groupe de Résistance qui le prit en charge.
Cette prise en charge par les groupes de Résistance se faisait parfois directement au moment du parachutage en catastrophe, comme ce fut le cas le 4 juillet 1943 dans la région de Sées-Belfonds, sous la direction d’Édouard Paysant.
Les aviateurs américains qui ont été recueillis et camouflés ont été dirigés dans les jours suivants vers Alençon où Albert Terrier, exploitant forestier et propriétaire d’une scierie à Courteille, servait de plaque tournante à une filière d’évasion qui généralement remontait par Paris. D’Alençon les aviateurs camouflés, souvent bien difficilement, en civil, prenaient le train, « cornaqués » le plus souvent par une jeune femme. C’est ce qu’ont fait dans notre région « Yannick » (nom de guerre de Mme Croisé) et « Gilberte » future Mme Guéhenno, toutes deux agents de liaison du B.O.A. (Bureau des Opérations aériennes).
Ces opérations exigeaient beaucoup de courage et même de témérité. En voici un exemple brièvement évoqué. En juillet 1943, Albert Terrier transportait dans sa Citroën traction avant à gazogène qui se dirigeait vers la gare du Mans, une jeune femme de Nogent-le-Rotrou avec un enfant en bas âge pour donner le change. Elle était chargée d’escorter les aviateurs américains tapis au fond de la voiture qui prirent le train à la gare d’Écommoy après une tentative manquée à la gare du Mans. Poursuivi par une voiture de la Gestapo qui l’avait repéré M. Terrier réussit à s’en tirer malgré toutes sortes d’incidents de parcours : sa voiture embourbée dans un chemin de terre fut même poussée par des soldats allemands de passage, à la grande joie des Américains.
Le 13 juillet 1944 j’ai moi-même convoyé chez M. Terrier deux aviateurs américains qui avaient été amenés quelques jours auparavant à mon chef de groupe à Belfonds. Je n’ai pas connu la suite de leur aventure […] Les filières de sauvetage et d’évasion fonctionnaient le plus souvent dans le cadre du B.O.A.
Ce dernier avait aussi pour mission l’accueil des personnels parachutés venant d’Angleterre ainsi que le soin de préparer leur retour à Londres, autre type d’évasion.
Un autre type de filières d’évasion furent celles qui permirent à des jeunes patriotes de sortir clandestinement de France pour aller rejoindre les unités combattantes de la France Libre en Angleterre ou ailleurs.
En l’absence de documents d’archives dans ce domaine, comme ailleurs, j’ai eu recours à une enquête auprès de deux résistants alençonnais particulièrement bien renseignés.
C’est ainsi que j’ai appris que M. Troussard, adjudant de gendarmerie en retraite, fonctionnait dans une filière menant vers l’Espagne. (un percepteur de Rivesaltes accueillait les volontaires et les orientait vers le lieu de passage en Espagne).
C’est ainsi qu’André et Raymond Troussard, anciens élèves du lycée, ont rejoint les rangs des Forces de la France Combattante. Un autre ancien du lycée, Marcel Jaud, a de la même façon rejoint la 2ème D.B. en formation au Maroc avant de revenir en libérateur d’Alençon le 12 août 1944.


La Résistance administrative :

Avant même que ne soit mis en place le N.A.P. (Noyautage de l’Administration Publique) sous la direction de Jean Moulin et du Conseil National de la Résistance, des fonctionnaires, sans quitter leur bureau, ont manifesté leur esprit de Résistance : ils ont apporté une contribution souvent très utile et très efficace à la Résistance dans son ensemble. C’est ce que l’on a l’habitude de désigner sous le terme de « Résistance administrative ». Il s’agissait de saboter de l’intérieur l’application des directives imposées par l’Occupant et par le régime de Vichy. A Alençon, dans les services de la Préfecture et dans les services annexes un certain nombre de fonctionnaires se sont engagés dans ce genre d’action en prenant d’aussi gros risques qu’en opérant sur le terrain.
C’est ainsi que Marcel Palmier, chef de division à la Préfecture, prit position contre le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.), ordonné par le gouvernement de Vichy à partir de février 1943. Il organisa des planques pour les réfractaires et leur fournit de fausses cartes d’identité. Il fut arrêté en mars 1944 par la Gestapo et déporté dans un camp de concentration où il décéda. Guy Dupont, directement responsable du Service du S.T.O., manipula les listes des requis pour limiter les départs. Il fut également arrêté et déporté. Il reviendra en 1945.
Mlle Thérèse Mercier, chef de bureau à la Préfecture, responsable des titres de circulation, rendit de grands services aux membres du B.O.A. en facilitant leurs moyens de déplacement, un tampon officiel couvrant des expéditions diurnes ou nocturnes toujours fort périlleuses. Dans d’autres services de la Préfecture Gaston Morineau et Roger Jacquelin furent très utiles et efficaces. […] A la gendarmerie le lieutenant René Nicolas, accusé, comme un certain nombre d’autres gendarmes, d’avoir facilité l’évasion de requis du S.T.O., disparut lui aussi dans un camp de concentration.
A la prison, Mme Guillais, femme du gardien chef, prit de très gros risques en facilitant les contacts épistolaires entre les Résistants internés et leurs familles.
A la mairie encore M. Fourmond, chef du service municipal des cartes de rationnement, rendit de grands services aux clandestins. Il fut arrêté et emprisonné. […] Je suis tenté de qualifier de résistance para-administrative les certificats et les actes médicaux de certains médecins. Ils couvrirent ainsi l’activité de plusieurs résistants fonctionnaires avant qu’ils n’entrent dans la clandestinité.
Également par des certificats d’inaptitude physique, ils permirent à beaucoup de jeunes de se soustraire – du moins provisoirement – au S.T.O. Ce fut particulièrement le cas à Alençon du Dr Duhazé qui fut arrêté par la Gestapo et dirigé vers la Déportation. Il eut la chance de ne pas aller plus loin que le camp de triage de Compiègne.
Dans d’autres situations dans l’Orne des médecins furent amenés à soigner des résistants ou des aviateurs alliés blessés. Ils payèrent leur dévouement, soit d’une arrestation comme le docteur Le Meunier de Mortrée, soit de la Déportation comme le docteur Couinaud d’Argentan, soit encore d’exécutions comme le docteur Giraux, médecin du maquis de Saint-Cyr-la-Rosière dans le Perche.

 

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